jeudi 18 février 2010

Brésil première partie

BRESIL – 1ère Partie

Il y a deux marinas à Salvador de Bahia, celle des brésiliens « Bahia Marina » et celle plus rustique et conviviale où atterrissent tous les bateaux de voyage : le « Terminal Nautico » anciennement CENAB. C'est dans cette dernière que nous arrivons ce 25 décembre.

Nous y retrouvons outre Christian et Martine de Tahaa Tiva, beaucoup de voiliers rencontrés au Cap Vert ainsi que les participants du Rallye des Iles du Soleil, dont nos bateaux-copains Harmonie de Denis et Edith, Alazado de Yves et Elisabeth étant en balade dans la baie. La très grande majorité des bateaux présents est française, on continue tous à se demander ce qui nous attire ici plus que d'autres nationalités? On n'a pas trouvé la réponse.

Cette marina est située dans le quartier des affaires de Salvador, derrière les quais du port de commerce se trouvent les bureaux de toutes les banques et beaucoup d'administrations ce qui fait que le soir tout devient désert. De ce quartier on accède au centre historique, le Pelhourino par une tour à quatre ascenseurs : l'élévateur Lacerda. Ce centre est touristique et concentre les plus vieux édifices de la ville qui ont du mal à résister à l'épreuve du temps, il faudrait un grand programme de restauration mais l'argent consacré à cela fait apparemment défaut et le Brésil a sans doute d'autres priorités. Les vieilles maisons des rues qui conduisent à ce centre semblent plus ou moins squattées et ce n'est pas étonnant que passé 22H il soit recommandé de rentrer en taxi. Les quartiers commerçants et résidentiels se trouvent en périphérie et en particulier sur le front de mer côté Est. Sur la côte Sud, juste avant les marinas il y a de résumé tout le contraste brésilien : les riches vivent dans une belle propriété en haut de la falaise, ils accèdent à la mer en contrebas avec un petit funiculaire où ils ont sur pilotis un bungalow et où est aussi amarrée leur grosse vedette. Quelques mètres plus loin au flanc de cette même falaise s'entassent les pauvres dans une favela...


On dit que cette partie du Brésil est la plus africaine et c'est vrai que elle a beaucoup de points communs avec le Cap Vert que nous venons de quitter, sans doute aussi la culture portugaise a laissé des traces, les gens sont très gentils et se mettent en quatre pour tenter de répondre à votre question et notre grand regret c'est de ne pas pouvoir communiquer, il aurait fallu apprendre quelques rudiments de portugais, on se promène avec notre petit guide de conversation mais la prononciation est tellement différente de l'écriture. Enfin avec beaucoup de patience et force gestuelle on y arrive!

La patience est aussi une habitude à avoir au Brésil, on en a fait l'expérience lors de nos formalités d'arrivée. On les a commencé le 28 décembre, lundi suivant Noël. Il faut d'abord se rendre le long des quais aux services de santé où l'on remplit un questionnaire médical, partout sont posées des affiches relatives à la grippe et la dengue. Ensuite, il était 10h on se présente à la police de l'immigraton, on y retrouve les équipages de trois autres bateaux français malheureusement le planton nous informe que un des deux policiers est malade, sans doute des suites du réveillon, et que le deuxième est en baie à contrôler un cargo, il nous assure qu'il arrivera une demie heure plus tard. En fait nous attendrons deux heures et notre tour arrivera à 12H30. A 14H ce sera le tour des douanes, là aussi deux heures à attendre et à 16H c'est trop tard pour aller à la Capitainerie de la marine brésilienne, ce sera pour le lendemain et du coup on peut rester au Brésil 90 jours reconductibles une fois après d'autres formalités, mais à chaque changement d'état il faudra recommencer une partie de celles-ci...

En attendant la nouvelle année nous continuons de découvrir Salvador en particulier le Shopping Center de Barra qui n'a rien à envier aux grands centres commerciaux de notre capitale. En complétant notre avitaillement nous sommes très étonnés de ne pratiquement pas trouver de rayon poissonnerie ni boucherie au détail, la majorité de ces denrées est vendue congelée ou salée et séchée, nous qui rêvions de bons poissons frais! La chaleur doit expliquer ces différences de consommation alimentaire.
A propos de chaleur, il fait toujours de 27° minimum la nuit à 32-35° la journée, heureusement que en fin de matinée se lève généralement une petite brise rafraîchissante et qu'au petit matin il y a presque toujours quelques averses tropicales. On s'y fait très bien, faut dire qu'étant parti en juin les températures ont cru progressivement au fur et à mesure de notre descente et vu l'hiver que vous avez subi en France on se dit qu'on a bien fait de partir cette année là.

Annick, Martine et Christian de Tahaa Tiva en route pour le réveillon

Nous fêterons le passage de la nouvelle année avec l'équipage de Tahaa Tiva dans une maison du Pelhourino louée par la famille de Pierre qui fait le RIDS avec son Moody « Pétunia » basé à Sainte Marine. Un cuisinier brésilien ayant préparé un superbe buffet de spécialités bahianaises, nous passerons le cap de la nouvelle année très agréablement en regardant du balcon surplombant la baie les différents feux d'artifices. C'est au retour de ce réveillon pourtant accompagnés par Pierre, son ami Luc et son fils jusqu'à l'élévateur Lacerda que j'ai mal démarré l'année. Une personne un peu louche est descendue dans le même ascenseur en nous parlant beaucoup, malgré le fait que nous étions sept, et voyant que les grilles de la marina approchaient elle a jeté son dévolu sur moi, a passé une main dans la poche de ma chemisette et s'est empressée de filer à toutes jambes avec le téléphone portable qui s'y trouvait. Heureusement qu'il n'était plus tout jeune, mais que cela nous serve de leçon, il y a 300m à faire à pied entre la sortie de l'élévateur et la porte de la marina et de nuit il faut impérativement prendre un taxi.

Cuisine bahianaise du réveillon

Salvador est la porte d'accès à la « Bahia todos santos », la « Baie de tous les saints » dans laquelle se jette la rivière Paraguaçu et où il y a de nombreuses îles, la plus grande étant celle d'Itaparica, autrement dit tout à découvrir ainsi que l'archipel de Tinharé et la baie de Camamu à 70Mn plus au sud.

C'est donc le premier janvier que nous appareillons avec Tahaa Tiva pour l'île d'Itaparica dont le mouillage est distant de 13,5Mn. L'endroit est très agréable avec un banc de sable découvrant à marée basse sur lequel on échouera nos bateaux pour les caréner, on se croirait presque aux Glénan!

Retour de galbord et Tahaa Tiva échoués côte à côte

Le village est aussi très sympathique et on s'y promène le soir en toute tranquillité. Comble du luxe, l'eau qui coule dans les tuyaux de la marina vient directement d'une source d'eau minérale où viennent s'approvisionner tous les habitants, ici il ne se vend pas beaucoup d'eau en bouteilles en tous cas bien moins que sur le continent où l'eau disponible dans les canalisations n'est pas considérée comme potable, d'où un commerce important de distribution d'eau en très grands conditionnements. Sur ce banc de sable nous trouverons même des petits coquillages plus petits que les coques et les palourdes mais délicieux à l'apéro!

Faut dire qu'ici l'apéritif national est la caïpirinha, rappelant un peu le ti-punch antillais, vous prenez un grand verre à whisky, vous y mettez les 2/3 d'un citron vert coupé en petits morceaux, vous ajoutez une cuillèrée de sucre en poudre, de canne bien sûr, là vous prenez un pilon afin de presser le citron et d'en mélanger le jus avec le sucre, vous remplissez le verre aux 2/3 de glaçons et vous versez ensuite la cachaça (cela marche aussi avec le rhum agricole) jusqu'à ce que les glaçons flottent, vous mettez le tout dans un shaker ou vous mettez un verre de la même taille au dessus et vous secouez, il ne reste plus qu'à mettre une ou deux pailles et à siroter...Une autre version, la caïpiroska existe avec de la vodka au lieu de la cachaça. Je vous dis pas on a vite tendance à oublier qu'il y a de l'alcool, après le pontche et le grogue cap verdien et avant le ti-punch antillais, voyez comme la vie de marin au long cours est pleine de (re)? découvertes dangereuses pour sa santé!

Mouillage dans la baie près de la cascade d'Itororo

Pendant une semaine nous allons parcourir le sud de cette baie et l'entrée du Paraguaçu allant de mouillage en mouillage tous à l'abri du vent et de la houle. Retour à Salvador le 7 pour accueillir Jean Pierre et Véronique d' »Alya » d'une part et d'autre part parce que nous partons le 9 avec Martine et Christian pour le Parc National de la Chapada Diamantina à 410Kms que nous faisons en bus très confortables.

Les deux équipages réunis au Poco do Diablo

Ce parc est une région de canyons et de plateaux avec plein de rivières et de cascades, c'est un lieu très prisé pour les amateurs de trekking. Nous avons réservé deux chambres dans une pousada, sorte de gîte chez nous, à Lençois plaque tournante de cette région. Le nom Diamantina venant de l'époque de l'exploitation des diamants contenus dans les sables de toutes les rivières de la région. Nous y resterons quatre jours, visitant des chutes d'eau au pied desquelles on peut se baigner, montant au « Pai Inacio » 1150m surplombant un mini canyon du Colorado, visitant une énorme grotte « Lapa Doce » longue de 2 kms avec des stalagtites et stalagmites aux formes plus étonnantes les unes que les autres, remontant des cours d'eau au milieu de chaos de rochers avec des piscines naturelles très rafraîchissantes. Ce fut très dépaysant et très agréable de retrouver la verdure et l'intérieur des terres.

Pai Inacio

Au retour à Salvador nous accueillerons Jo et Eric de « Khéops 2 » qui avaient du retarder leur départ de Mindelo pour des problèmes de pilote eux aussi. Ce jour là c'est aussi une répétition du Carnaval, la procession à Nossa Senhora do Bonfim qui nous en donne un avant goût, il est assez étonnant de voir dans une procession au départ religieuse, défiler au son des percussions et des orchestres de samba, de somptueuses bahianaises avec leur costume blanc et leur robe à cerceaux et des groupes politiques ou syndicaux se trémoussant avec leur pancarte revendicative portée à bout de bras! Etonnant Brésil.

Bahianaises à la procession en costume traditionnel

Le 15 janvier il est temps de reprendre la mer ou plus précisément la rivière puisque nous remontons le Paraguaçu d'abord jusqu'à Maragogipe petite ville paysanne avec un marché du samedi matin haut en couleurs et impressionnant par la variété des fruits et légumes exotiques proposés. Puis ce sera la remontée à marée haute du Paraguaçu jusqu'à Cachoeira d'un côté et Sao Félix de l'autre reliées par un antique pont d'acier où roulent alternativement le train et les voitures. Cachoeira est une ancienne ville coloniale classée Monument National mais qui a du mal à restaurer ses belles maisons.

Cachoeira

Après un retour à Salvador pour récupérer des pièces ramenées de France par Pierre de « Pétunia » qui nous permettent de réparer l'enroulement de notre génois, nous filons vers le sud avec Tahaa Tiva pour Gamboa à 36Mn, situé sur l'île de Tinharé. Aussitôt débarqués, nous ressentons que ce village nous plaît, il n'y a pas de voitures, les rues sont en sable, les gens sont très gentils et le soir ils sont tous dans la rue. En fait Gamboa est le lieu de résidence des gens qui travaillent à Morro de Sao Paulo la superbe station balnéaire située à l'entrée du rio et tous les touristes sont à Morro, pour y aller on peut prendre la « lancha », embarcation à moteur équivalente à l'aluguer cap-verdien, ou à marée basse aller à pied en longeant la fameuse falaise d'argile dont on peut se recouvrir le corps, cela équivaut paraît-il à un passage dans un institut de beauté et comme c'est gratuit, évidemment on en a tous profité! Il est aussi très agréable de s'asseoir vers 18h sur la plage les pieds dans l'eau à un des nombreux bars sous un parasol et de regarder le coucher de soleil en dégustant un bon « suco » jus de fruit frais issu de la centrifugeuse.

Couverts d'argile à Gamboa

Pedra Furada
Notre première halte sera de courte durée car nous préférons descendre le plus sud d'abord et en remontant, mieux visiter ce coin. Nous partons donc le dimanche 24 pour la baie de Camamu 39Mn plus bas, et nous mouillons à l'entrée de la baie à Campinho, le lendemain nous profitons des capacités de l'annexe de Tahaa Tiva et de son moteur de 15cv pour aller sur l'île de Pedra Furada qui figure dans tous les dépliants touristiques tellement elle est jolie avec son arche de corail, puis nous pique-niquerons sur une plage carte postale au nord d'Ilha Grande suivi d'une bonne sieste à l'ombre des cocotiers. Le lendemain nous remonterons le rio Marau sur 26Mn pour atteindre la cascade de Tremembe très spectaculaire. Mouillage le soir devant le village de Marau, découverte du lieu le lendemain matin et retour vers Campinho. Après le départ de Christian et Martine commençant à remonter vers Salvador puisque partant en avion pour Rio et Iguaçu, le même tour que nous allons faire 15 jours plus tard, nous partons à pied pour visiter Barra Grande station balnéaire à la pointe de la presqu'île.

Cascade de Trémembé

Sur les cartes marines ne figurent pas les routes terrestres et c'est avec optimisme que nous entamons cette marche, elle débute par une longue route presque droite très bien empierrée et au bout de 4 kms à un carrefour nous voyons notre premier panneau indicateur mentionnant la station à 6 kms, pas de quoi nous faire rebrousser chemin mais par contre ce n'est plus qu'une piste de sable digne d'une épreuve du Paris-Dakar rendant la marche bien plus difficile. Trois heures après nous arrivions à Barra Grande et nous déjeunions d'un poisson grillé bien mérité sur la plage quasiment les pieds dans l'eau puisque c'était jour de grande marée. Le retour sera tout aussi épique, je voulais longer la mer mais il y avait un rio à passer et nous étions à marée haute avec des sacs de provision, je comptais sur une lancha mais impossible d'en trouver, finalement à force de chercher on trouva un passeur avec une pirogue taillée dans un tronc d'arbre qui nous fit traverser dans cette embarcation très instable.

Le lendemain, à l'initiative d'un couple de français, Christine et Jean Philippe, naviguant sur un superbe Amel « Galac'sea », tous les bateaux au mouillage se retrouveront à la pousada d'en face à manger des pizzas et parler chacun de nos projets de navigation, pour parfaire le tout, Christine nous avait préparé une délicieuse mousse au chocolat, inutile de dire qu'elle a eu un succès bien mérité auprès des 4 équipages français et des deux autres bateaux espagnols et allemands. Le lendemain, retournant vers Gamboa nous aurons une sortie mouvementée de la baie au passage de la barre qui s'était formée, nous en sortons quelque peu mouillés mais sous ces latitudes cela nous rafraîchit un peu!

Plage de Boipeba
Nous resterons quatre jours à Gamboa, j'en profiterai d'ailleurs pour aller chez le coiffeur si bien qu'à force de fréquenter les commerces du village et de déambuler dans la rue principale les habitants finissaient par nous reconnaître et nous avons le droit à des sourires complices à défaut de pouvoir s'exprimer en portugais. Il y a une autre île au sud : Boipeba avec une côte magnifique mais inaccessible avec nos bateaux ayant trop de tirant d'eau, nous avons donc joué au parfait touriste en nous y rendant avec un gros zodiac semi-rigide filant à 18/20nds propulsé par deux moteurs de 115cv. Son circuit passait par des piscines naturelles dans les récifs où nous avons pu admirer les petits poissons avec masque et tuba, avant de rallier Boipeba pour le déjeuner et revenir par un rio en pleine mangrove, s'arrêtant au passage à une dégustation d'huîtres à un ponton et à Cairu où nous avons pu visiter un ancien couvent en pleine restauration. Si je vous parle masque et tuba, c'est qu'il faut avouer que le long de toute cette côte brésilienne, l'eau n'est pas claire et il faut aller un peu au large dans ces piscines pour voir le fond et les poissons. Il y a énormément de rios et de bras de mer s'enfonçant profondément dans les terres où se font sentir les marées, tous les rivages sont bordés de mangrove qui abrite une vie végétale et animale importante permettant aux crevettes d'y proliférer mais interdisant toute visibilité en plongée; on s'y baigne quand même mais il faudra attendre les Antilles pour profiter du grand bleu.

Couvent de Cairu


Après un nouveau petit séjour à Itaparica nous rejoindrons Salvador pour le carnaval. Bon, il faut que je vous explique le carnaval de Salvador qui voit se rassembler trois millions de personnes dans les rues. D'abord il se déroule pendant une semaine du 11 au 16 février cette année, ensuite le principe : un orchestre
 
Exemple de "Bloco"

se produit au sommet de la caisse d'un gros camion, les parois de cette caisse étant remplies d'enceintes acoustiques énormes. Le groupe de base costumé ou pas avec des musiciens ou pas avance et se trémousse devant le camion qu'on appelle « bloco », puis suit une cohorte de gens ayant acheté le même T-shirt, dansant au rythme de l'orchestre, le tout encadré par une corde tenue par un service d'ordre. Le défilé comporte de 20 à 25 de ces groupes empruntant trois circuits dans la ville, le long de deux d'entre eux il y a ce qu'on appelle les « Camarotes », ce sont des loges payantes offrant différents services suivant les prix, open bars, plateaux repas, espace repos, même des massages! Inutile de vous décrire les décibels, à leur passage on sent sa poitrine vibrer et faire caisse de résonnance, quant aux oreilles n'en parlons pas. Vous comprendrez nous connaissant que ce n'est pas trop notre truc, heureusement existe le troisième carnaval au Pelhourino qui a l'avantage de se produire dans la vieille ville où il y a de nombreuses places et ruelles permettant aux différents groupes de se produire en marge du défilé, mais ce carnaval de Salvador est avant tout un carnaval musical et non un costumé comme celui de Rio.


Carnaval de Maragogipe

A défaut de ce dernier, nous trouverons un carnaval costumé à Magarogipe dans le rio Paraguaçu où nous nous rendrons le dimanche 14, là ce sera une profusion de costumes et d'ambiance bon enfant.

Charmantes brésiliennes

Après un nouveau passage à Itaparica où nous laisserons notre génois à un voilier suisse pour refaire la ganse du nerf de chute et un taud pour les boudins de notre annexe, nous nous envolerons le samedi 20 pour aller visiter les chutes d'Iguaçu à la frontière argentine et Rio de Janeiro, mais ceci est une autre histoire...


En conclusion de cette visite quelque peu sommaire il est vrai de l'état de Bahia représentant quand même l'équivalent de la France en superficie et avant d'aller plus au sud puis plus au nord, nos impressions sont diverses. L'image que nous nous faisions du Brésil était quelque peu différente et on ne pensait pas que hormis dans les favelas, le fossé entre les pauvres et les riches était si important. La population de cet état est noire à 80/90% et malgré tout on a constaté dans le défilé de Nossa Senhora do Bonfim où participait l'équipe municipale de Salvador que cette dernière était en grande majorité composée de blancs. Dans les marinas je ne pense pas avoir vu un bateau avec un propriétaire de couleur, en fait en dehors des grandes agglomérations, et en bateau on a la chance de s'enfoncer à l'intérieur du pays dans les petits villages, la vie des brésiliens modestes se rapproche énormément de celle des cap-verdiens et leur habitat la plupart du temps est plus proche de la cabane que d'une maison. Pourtant apparemment il n'y a pas de revendications exprimées, sans doute que comme dit la chanson, la misère est moins pénible au soleil, peut être aussi que la religion omniprésente tant catholique que des différents autres cultes chrétiens très nombreux, Dieu est omniprésent, aide à faire passer ces inégalités. Sûrement aussi que cette région du Brésil est la plus pauvre, nous vous raconterons ce que nous aurons vu plus bas, mais ce qui domine quand même c'est l'extrême gentillesse de ces gens.

 

vendredi 25 décembre 2009

Cap Vert et traversée vers le Brésil


  
Nous vous avons laissés le 3 novembre dans le port de San Sebastian de la Gomera, c'est à 14H45 que nous quittons lesCanaries, cap au 207 direction l'île de Sal au Cap Vert. Nous commençons cette navigation de 750Mn en compagnie dubateau « Salicorne « de Cédric et Lilia que nous avions connu à Porto Santo.

Cette traversée se fera sans problèmeparticulier par vent de NE dominant force 4 à 6, sauf le 8 où une déferlante s'abattera sur l'arrière du bateauendommageant un peu les fixations du panneau en bois fermant l'accès au radeau de survie.
Le bateau de Cédric étant plus lent que nous, nous nous causerons à la VHF les deux premiers jours puis curieusement l'avant dernier en appelant un gros catamaran Lagoon 500 (produit dans l'usine où travaille Yves) Cédric nous répond alors qu'il est à 80 milles derrière, la portée des ondes en mer est assez fluctuante, mais il est vrai que notre VHF porte particulièrement loin.
Encore une fois devrons ralentir l'allure la dernière nuit afin d'arriver de jour au mouillage. Ce que nous faisons à 9H15 le mardi 10 après 768Mn. L'île de Sal est très plate avec de ci de là des monts volcaniques qui en brisent la monotonie. Elle est aussi extrêmement aride bien qu'à l'arrivée on voit une légère couche de verdure la recouvrir témoin desrécentes pluies parfois diluviennes qu'ont connu ces îles en octobre.Ici fini les marinas avec tout le confort européen, nous sommes au large du Sénégal mais pas en Afrique comme le plaisent à souligner les Cap Verdiens, pour eux ils sont en Atlantique et il est vrai que cet archipel forme avec les Açores, Madère et les Canaries, la Macronésie.
Nous jetons donc l'ancre au port de Palmeira, poumon économique de l'île avec l'aéroport puisque tous les échanges maritimes se font ici. L'environnement n'est donc pas vraiment gai avec des cargos, des containers et des réserves de carburant. Seulement il y a les habitants qui sont vraiment gentils et pas du tout quémandeurs comme au Sénégal, beaucoup sont pêcheurs et le matin le spectacle est sur le quai, c'est vraiment impressionnant de voir la taille des thons qu'ils vident à l'arrivée de leurs petites embarcations. Ils viennent nous proposer leurs autres poissons, en particulier le « garoupa », espèce de mérou rouge vraiment délicieux, mais les thons sont réservés aux restaurateurs de l'île.
On est aussi très frappé et cela se confirmera sur les autres îles visitées du nombre de jeunes, ils vont tous à l'école et y ont une tenue identique. Ils sont aussi, sans doute grâce à leurs professeurs, très sensibilisés aux problèmes de la pollution en mer, surtout vis à vis des tortues marines, en témoignent d'immenses fresques peintes sur les murs de l'enceinte du port par les écoliers.

Les îles du Cap Vert se divisent en deux groupes, les îles sous le vent les plus sud avec Maio, Santiago, Fogo et Brava, et les îles au vent avec Sal, Boavista, Sao Nicolau, Santa Luzia, Sao Vicente et Santo Antao. Un voilier doit faire son entrée soit à Santiago, Sal ou Sao Vicente. Nous avons choisi Sal car ne désirant pas visiter toutes les îles, nous nous limiterons aux îles au vent d'autant plus qu'une épidémie de dengue sévit dans celles sous le vent. Beaucoup d'autres bateaux font comme nous et il n'est pas étonnant de retrouver à Sal des bateaux déjà rencontrés tout au long de la descente de l'atlantique, certains ne faisant escale qu'à Sao Vicente avant de rallier soit les Antilles, soit le Brésil.
A notre arrivée peu de bateaux de connaissance mais dès le lendemain pas moins de six voiliers déjà connus arriveront dont « Salicorne ».Pour continuer dans la rubrique « le monde est petit », ce soir là nous invitons Cédric et Lilia à prendre un verre à bord et au fil de la discussion nous découvrons qu'il est officier de marine marchande et qu'il était au Havre à l'école en compagnie de Sylvain fils de notre amie Marie Dominique et copain de nos deux enfants, comme quoi...
Le port de Palmeira est situé à six kilomètres environ de Espargos la principale ville et pour nous y rendre nous découvrons le moyen le plus convivial et le plus économique des transports en commun : l'aluguer. Il existe deux sortes d'aluguer : le minibus en général des Hiace Toyota qui peut prendre de 12 à 15 personnes et le pick-up possédant des bancs en bois dans la plateforme arrière. Le premier est plus confortable, encore que dans les plus anciens les sièges sont complètement avachis et on ressent durement les secousses, et la musique y est en général à fond. Le deuxième est beaucoup plus rustique mais on est à l'air libre, c'est la clim naturelle et il transporte marchandises et passagers, c'est mieux que le minibus quand c'est du poisson alors qu'il fait 30°!
Espargos est le noeud routier de l'île qui a trois routes principales : celle du sud qui va vers l'aéroport et la station balnéaire « usine à touristes » de Santa Maria, celle de l'est allant aux Salines et celle de l'ouest venant du port où nous sommes : Palmeira. Notre préoccupation principale étant l'avitaillement nous pensions trouver à Espargos des magasins un peu plus achalandés qu'au port mais il n'en est rien. Dans ces îles il est impossible de trouver un morceau de viande fraîche, tout est congelé et limité au poulet, côtes de porc, saucisses et viande de chèvre par endroits, le choix des légumes est aussi très réduit. En fait ils ont un tout autre mode d'alimentation que nous, le poisson étant vraiment la nourriture de base, il faut dire qu'avec la chaleur cela limite le frais. Par contre il existe des produits laitiers inconnus chez nous : nous avions déjà expérimenté en Espagne le beurre en boîte de conserve avec une date de péremption supérieure à un an et ici les yaourts qui peuvent se conserver trois mois et tout cela sans les mettre au frigo.

La deuxième préoccupation vitale est le ravitaillement en eau, dans ces îles au vent seules Sao Nicolau et Santo Antao sont assez hautes pour accrocher les nuages et avoir des précipitations, sur les autres la déssalinisation de l'eau de mer est obligatoire et donc Palmeira comme les autres agglomérations a son point d'eau municipal où une personne est chargée de percevoir une légère redevance en fonction de la quantité prise. Tout se fait par bidons et chacun fait la queue poussant à tour de rôle les bidons des autres, je vous assure qu'à bord on ne laisse pas le robinet couler plus qu'il le faut! Cela crée aussi un climat de sympathie avec les habitants, ils nous disent d'ailleurs qu'ils ne nous considèrent pas comme touristes puisqu'on a notre maison, qu'on leur achète la nourriture et qu'on paie l'eau comme eux. Les Cap Verdiens sont d'une manière générale très gentils et pour peu qu'ils savent quelques mots de français, s'intéressent à vous et discutent volontiers.


D'autres voiliers connus arrivent encore, certains du Sénégal où nous pensions retourner cette fois-ci en bateau mais il aurait fallu trop se presser, nous préférons passer plus de temps ailleurs. Nous faisons aussi la connaissance d'un navigateur solitaire : Joël, il va aux Antilles pour la troisième fois , il y retrouvera son épouse pour les fêtes, il est picard, Annick retrouve un compatriote et il aime marcher. Avec lui et trois autres équipages nous ferons une virée aux Salines.
Le site de ces Salines est un ancien volcan qui communique avec la route par un tunnel creusé dans ses flancs, la surface des bassins à l'intérieur est impressionnante, l'exploitation du sel a été confiée à une certaine époque aux Salins du Midi et le territoire était français. Aujourd'hui subsiste une petite production mais le site vit aussi grâce au tourisme, chacun vient prendre son bain et flotter comme dans la Mer Morte ou s'enduire de boue de soufre, heureusement qu'avec le ticket d'entrée on a le droit à une douche! Toute l'équipe a pataugé joyeusement.

Nous ferons aussi une virée de 14kms pour aller nous baigner à Buracona dans des piscines naturelles creusées par la mer dans la roche volcanique noire qui absorbe et restitue la chaleur. Un soir tous les équipages français se retrouveront pour un grand barbecue de poissons sur la plage et le dimanche soir c'est le grand défoulement au village, tout le monde se retrouve sur la place principale et danse grâce à une sono d'enfer, brochettes et poulet grillé sont proposés par des mamies pour se restaurer, super ambiance.

Voilà, nous avons passé une semaine de bonheur à Sal et il est temps de continuer le voyage vers Sao Nicolau distante de 86Mn. Nous partons en même temps que Joël vers 16H afin d'arriver dans la matinée à Tarrafal, seul vrai mouillage sur cette île. Navigation tranquille de conserve avec « Rapa » pour arriver en fin de matinée.


L'île de Sao Nicolau est tout à fait différente de Sal et le mouillage également, celui-ci est beaucoup moins protégé de la houle et surtout du vent qui déboule des montagnes qui se trouvent en arrière plan, nous resterons d'ailleurs bloqués à bord pendant deux jours subissant des rafales (eh oui Tarrafal mérite bien son nom) jusqu'à 50 noeuds, heureusement que nous avons une bonne ancre car beaucoup de voisins chasseront.
Cette île est donc totalement différente de par son relief et nous qui adorons marcher nous allons en profiter en compagnie de Joël, nous attaquons avec lui l'ascension du Monte Gordo qui culmine à 1312m, tout de suite nous nous apercevons que nous ne sommes pas à sa hauteur, il nous avouera qu'il court des marathons et que bien qu'étant un an plus âgé que nous, il conserve une musculature d'athlète, cependant il s'adapte à notre rythme. Cette île est très verte et l'on trouve même des dragonniers comme à Ténérife, du sommet nous aurons une vue magnifique sur toute l'île, nos bateaux tout petits dans la baie et nous apercevrons aussi Santa Luzia et Sao Vicente.

Un autre jour, toujours avec Joël, nous ferons une superbe marche ralliant la côte nord au départ de Estancia Bras, remontant la vallée de Ribeira Furna par un sentier envahi par endroits depuis les dernières pluies par une végétation très dense, nous passerons un col surplombant un petit village complètement isolé, les enfants lavent le linge dans le lit de la rivière pendant que les femmes vont chercher du bois, les hommes eux quand on passait se prélassaient au soleil un verre de grogue (alcool de canne à sucre semblable au rhum) à la main. Nous discutons même en français avec une dame ayant vécu une dizaine d'année en Belgique. C'est ensuite par une dure montée d'un chemin entièrement pavé comme on en trouve partout, vestige de l'occupation portugaise, que nous franchirons le deuxième col avant de retrouver la vallée de Faja et de héler un aluguer pour revenir au port.

La route centrale a subi d'énormes dégâts au mois d'octobre suite aux précipitations, elle venait d'être refaite non pas en pavés comme les portugais les réalisaient mais en bitume et on aurait dit par endroits qu'une charrue avait labouré la route, soulevant le goudron, à d'autres endroits des coulées de terre l'avaient envahie, obligeant les véhicules à les franchir au pas.
Il est de coutume dans cette île de rémunérer les gamins pour qu'ils gardent votre annexe pendant votre balade à terre. Ce jour là Joël nous avait amené au quai et promis 100 escudos (1 euro) à un jeune, à notre retour il n'était plus là, mais un autre veillait et empochait les sous. Après avoir démarré le moteur celui-ci émettait un bruit bizarre, après 10m il n'y avait plus le bruit mais on n'avançait plus et pour cause quelqu'un avait retiré la goupille de l'hélice et celle-ci était tombée au fond. Grosse colère auprès du jeune qui après négociation plonge pour la récupérer, heureusement qu'elle était blanche car la nuit tombait et ici le sable est noir.
Dans la rubrique désormais classique « le monde est petit », on débarque le premier soir pour faire le tour du port et on tombe en arrêt devant la façade d'une maison où trônait l'enseigne « Crêperie », évidemment nous nous présentons à l'entrée où un couple d'européens sirotent leur apéro, ils nous demandent si nous sommes français, ce à quoi je réponds d'habitude : « non bretons » aussitôt ils nous appellent la patronne qui nous dit être d'à côté de Concarneau, comme nous lui demandons d'où exactement elle nous avoue qu'elle était gérante de la crêperie de la Pommeraie à St Philibert, quand on lui dit être de Trévignon, elle nous appelle son frère qui était un des membres fondateurs du groupe Micamac qui se produit tous les étés au carré des larrons en ville close de Concarneau! Comme crêperie c'est vraiment symbolique car elle n'a qu'une petite bilig Tefal vendue par Krampous, je lui demande alors si ce n'est pas elle qui avait fait une demande à laquelle j'avais répondu sur le site des navigateurs STW, afin que des bateaux de passage lui fassent parvenir
les vrais biligs et bingo c'est une de ses copines qui l'avait fait, j'y avais répondu favorablement mais je n'avais plus eu de nouvelles avant notre départ, elle était évidemment très déçue d'autant plus que quelques temps avant nous Philippe Poupon était passé chez elle avec son nouveau grand bateau et lui avait avoué avoir plein de place à bord.
Après une semaine sur cette île nous partons toujours en compagnie de Joël pour une petite navigation de 46Mn vers Sao Vicente, le vent sera fort au départ nous obligeant à mettre la trinquette, mais il nous permettra aussi de passer rapidement au nord des îlots Raso, Branco et de l'île de Santa Luzia avant de s'engager dans le chenal séparant Sao Vicente de Santo Antao large de 7 milles mais comme la visibilité n'était pas bonne nous ne verrons même pas les hautes montagnes de cette dernière. Mouillage sur ancre entre le quai et la marina dans 3m d'eau.

Le lendemain nous allons faire le tour des autorités pour les papiers d'entrée et nous retrouvons un « bateau copain », Khéops II le Sun Fizz d'Eric et Jo que nous avions connu à la Graciosa, retrouvé à Santa Cruz de Ténerife et à la Goméra. Ils nous présentent un couple Martine et Christian qui ont le même bateau que nous mais en 40 pieds, plus tard nous apprendrons que c'était leur bateau près duquel nous étions à Puerto Calero à Lanzarote avec sa bôme cassée, nous l'avions pris pour un Atlantis 430 mais c'était un 400. De retour par la marina nous retrouvons aussi les « bateaux copains » Harmonie l'Azzuro 42 de Denis et Edith et Alazado l'Ovni 360 d'Yves et Elisabeth connus à Porto Santo et participant au Rallye des Iles du Soleil (RIDS) qui sont passés entre temps au Maroc et au Sénégal, nous les retrouverons au Brésil. Nous retrouvons également Michel et Marie Jo de Gouesnach qui ont leur bateau à Port la Forêt, déjà rencontrés à Ténérife et qui partent deux jours plus tard pour les Antilles.
La première impression de Mindelo la principale ville de Sao Vicente est mitigée, la baie est magnifique, le mouillage tranquille mais c'est un port très important avec beaucoup de passage, les paquebots y font escale et tout ceci n'incite pas beaucoup de jeunes à travailler, on retrouve donc un peu de la mendicité existant au Sénégal chose qu'on n'avait pas vu sur les deux îles précédentes, les contacts avec la population sont aussi plus difficiles.


Fidèles à nos habitudes de marche, avec Joël nous entrainerons Martine et Christian à l'assaut du sommet de l'île, le Monte Verde qui ne fait que 750m, la montée est assez facile par un chemin pavé comme d'habitude, la vue du sommet est très belle avec en face de nous toutes les crête de Santo Antao où nous devons passer 5 jours. Pour ce faire nous amarrons le bateau en sécurité à la marina à côté de son grand frère « Tahaa-Tiva »  l'Atlantis 400.


Il n'y a pas de port de plaisance ni de vrai abri sur Santo Antao ce qui nous oblige à traverser avec le ferry. Ayant réservé une chambre au NW à Ponta do Sol, nous négocions pendant la traversée un aluguer qui nous fera passer par la route centrale passant par les crêtes avec des paysages à couper le souffle sur les différentes vallées. Elle grimpe jusqu'au cratère Cova de Paul puis passe par Espongeiro, Corda et redescend dans la vallée de Ribeira Grande. Notre hôtel est situé face au port et c'est un spectacle époustouflant de voir les barques de pêche rentrer et sortir calculant en fonction de la houle et des trains de vagues.


L'après midi nous irons au petit village de Fontainhas perdu au fond d'une profonde vallée et accessible par un chemin à flanc de falaise.



Le lendemain un aluguer nous ramènera à l'entrée du cratère de Cova de Paul d'où nous entamerons la descente de la vallée du même nom. Les habitants de cette île sont très travailleurs, en majorité paysans ils cultivent et entretiennent les terrasses ancestrales irriguées comme à Madère par de petites levadas. Dans le cratère de ce volcan ils ont la chance d'avoir une grande surface plane mais partout ailleurs ils doivent travailler dur pour entretenir les terrasses sur lesquelles poussent maïs, canne, haricots, carottes, oignons, pommes de terre etc... au bord des cours d'eau ce sont les ignames. Pour la descente nous préférons prendre les petits chemins longeant le cours d'eau et passer ainsi parmi les habitations très pauvres, mais les gens sont très gentils et toujours prêts à nous renseigner sur le bon chemin à suivre. Ils apprécient aussi beaucoup le fait que l'on soit français, aussi quand je les gratifie d'un « Bom Dia », Annick leur dit aussi « Bonjour » auquel ils répondent par bonjour avec un grand sourire!


La descente finit par la route pavée habituelle et la traversée de Eito et Vila das Pombas avant de retrouver l'océan et un aluguer pour nous  ramener chez Fatima où ce soir nous avons commandé une succulente langouste que nous dégusterons avec appétit.

Le lendemain nous changeons complètement d'endroit, après être repassés par Porto Novo, plaque tournante de l'île, nous avons réservé une chambre à l'ouest à « Curral das Vacas », l'après midi nous entamons la montée du « Dordeiro del Norte », raide chemin pavé à flanc de falaise qui nous mènera à un col où se trouvent des carrières de pouzzolane blanche et d'où on voit le chemin menant au sommet de l'île, le « Tope de Coroa » culminant à 1979m, mais son ascension ne sera pas pour cette fois. Le soir un groupe de responsables de Terre d'Aventures séjournent aussi dans l'hôtel et nous en profitons pour nous renseigner auprès de Théo guide à Mindelo, il nous conseille de nous rendre le lendemain dans la vallée d'Alto Mira.

Notre aluguer nous amènera à Alto Miro III et reviendra nous chercher l'après midi à Ribeira da Cruz. La vallée est grandiose et somptueuse, c'est un immense canyon dont tous les flancs sont travaillés en terrasses mais d'une manière bien plus efficace que dans la vallée de Paul, la descente sera longue mais agréable avec toujours de sympathiques rencontres avec les habitants, la fin se termine par une descente vertigineuse sur une plage de galets que descendront bien plus vite que nous les ânes des paysans dont c'est l'unique moyen de transport. Si l'on descend, il faut remonter et évidemment si elle est vertigineuse d'un côté, elle est très dure de l'autre, mais c'est à ce prix que nous arriverons à Ribeira da Cruz pour récupérer notre aluguer.

Le 4 décembre, dernier jour sur l'île, nous regagnons Porto Novo pour reprendre un aluguer nous amenant par la route côtière de l'Est à Pontinha de Janela, là le ferry repartant à 17h nous ferons un plus petit tour dans la vallée et au village en bord de mer. Retour à Mindelo fatigués et heureux de cette escapade.
Le dimanche à Mindelo il ne faut pas rater le déjeuner chez « Loutcha » à Calhau en bord de mer. Il faut d'abord se rendre à son hôtel au centre de Mindelo, là un aluguer prend toutes les personnes présentes et les amène à son restaurant de Calhau, pour 15 Euros on a le droit à un buffet gargantuesque tout cela animé par un orchestre de 6 musiciens avec une belle terrasse et des fauteuils suspendus pour faire sa sieste. Le bonheur...
Le soir nous retrouverons notre ami suisse Jean Pierre et sa compagne Véronique arrivant de Sao Nicolau avec Alya leur Nicholson 31, ils nous rejoindront au Brésil.
Lundi Martine et Christian quittent les pontons pour la grande traversée, ce sera notre tour le lendemain et nous lesretouverons à Salvador, mais ceci est une autre histoire.



LA TRAVERSEE

A Mindelo quand j’affichais le Way Point de Salvador de Bahia, cela me donnait 1955Mn en ligne directe soit plus de 3500Kms, autrement dit les traversées réalisées jusque là n’étaient que du pipi de chat, en se basant sur une moyenne de 5Nds de vitesse soit 120Mn par jour cela nous donnait environ 17 jours de traversée…si tout se passait bien.

Les derniers jours après notre escapade à Santo Antao ont été consacrés à la préparation du bateau et de l’approvisionnement. Bien que sur ce dernier point cela ne consistait qu’à acheter des produits frais, fruits et légumes, le plein des autres denrées ayant été fait aux Canaries.

Nous sommes donc partis le 8 décembre à 11H15TU. Jusqu’au 13/12 le vent sera d’E/NE entre 15 et 22Nds et nous garderons le cap 196° jusqu’à 5° de latitude N. cela nous permettant d’aligner des journées à plus de 130Mn, le record étant le 11/12 avec 144Mn.

La vie à bord s'est très vite organisée, nous avons gardé l'heure du Cap Vert jusqu'au Brésil et nous avons constaté avec grand plaisir que les jours rallongeaient, au début la nuit arrivait à 18H et à la fin vers 21H, le lever du soleil n'étant pas partagé à cause des quarts. Ceux-ci se sont vite imposés, Annick étant du soir et moi du matin, j'allais me coucher vers 21H jusqu'à 2H et Annick de 2H à 8H, mais n'allez pas croire que nous veillions continuellement. Nous avons à bord un merveilleux appareil qui s'appelle l'AIS, tous les navires de plus de 300 tonneaux sont obligatoirement équipés d'un émetteur récepteur de ce type. Nous, nous n'avons que le récepteur et celui-ci nous avertit par un signal sonore dès qu'un tel navire est en route de collision avec nous dans un rayon de 6Mn. Pour ce qui est des plus petits bateaux, forcément des pêcheurs, il est impossible d'en trouver au large avec des fonds abyssaux. Quand on est de quart, nous mettons en route un minuteur de cuisine réglé sur 60 minutes ce qui nous permet après un tour d'horizon de s'endormir tranquillisé pour une heure, il es évident que ce système n'est pas applicable près des côtes. 

Pour ce qui est des repas, on s’est obligé à conserver des heures fixes 8H, 13H et 20H et on a établi un menu bien défini pour chaque repas en fonction de ce qu’on avait à bord, ainsi celui qui était disposé à le préparer le faisait et cela a duré jusqu’à Salvador sans manquement. Pour en avoir discuté avec d’autres couples à l’arrivée, je pense que pour qu’une grande traversée se passe bien il faut impérativement que tout soit clair et bien planifié, à partir de là le temps passe très vite et les petits problèmes ne prennent pas une importance exagérée.

Une autre des fonctions vitales est la météo et la route à suivre qui en dépend. Nous avons à bord deux possibilités de la recevoir, la BLU et le téléphone par satellite Iridium. Jusque là nous avions reçu cette météo par la BLU, il suffit d’envoyer un e-mail à un robot américain donnant les coordonnées géographiques de la zone concernée et on reçoit en retour un fichier météo qu’un logiciel déjà installé convertit en données très explicites; le principe est le même avec l’Iridium. Malheureusement j’ai constaté à quelques heures du départ que je n’arrivais plus à communiquer par mail avec la BLU et je n’étais pas sûr de pouvoir interpréter ces fichiers via l’Iridium car je n’arrivais pas à les ouvrir, il faut dire que les subtilités de la logique informatique m’ont toujours paru hermétiques. Un peu de panique donc avant le grand saut, heureusement qu’il y a les copains.

Et quel copain!, un mail à Jean Yves de Quimper pour lui demander s’il acceptait de me « router » pour cette traversée et la réponse fusait quelques heures plus tard, OK sans problème, faut dire que Jean Yves avec qui nous étions allés de conserve en Galice deux ans auparavant est aussi passionné que nous par le grand voyage en voilier, le seul hic c’est qu’il est encore professionnellement « actif ». Le point délicat du parcours étant la position de la Zone Intertropicale de Convergence (ZIC) ou Pot au noir, celle-ci évoluant constamment il importe de la passer là où elle est la plus étroite, puis après celle-ci de retrouver au plus vite les alizés de l’hémisphère sud sans qu’ils soient contraires. J’envoyais donc chaque jour à 12HTU un mail via l’Iridium et le soir ou le lendemain matin Jean Yves qui avait toutes les infos à sa disposition m’indiquait si je devais continuer vers le Way Point défini ou si je devais modifier ma route, du vrai travail de pro! C’est ainsi que la traversée s’est déroulée sereinement et que nous n’avons du faire que 19H de moteur pour passer cette ZIC.


Ciel équatorial chargé
Sereinement à part quelques petits soucis inévitables sur une telle distance. Le premier s’est produit le 12 décembre, nous étions tous les deux en train de finir notre déjeuner, le bateau filant bien à 6/7Nds quand je constate des plis dans le génois, un coup d’œil en tête de mât et je vois que la voile n’est plus tenue par la drisse, soit le bout s’est usé et cassé soit la manille a explosé, nous affalons aussitôt la voile et c’est la manille qui est en cause. Pas d’autre solution que de monter en tête de mât, heureusement que lors de la préparation du bateau au Chantier du Minaouët j’avais posé des marches rétractables le long du mât. Une fois la grand voile affalée et moi assuré j’ai commencé à l’escalader, au début c’est facile mais plus on monte plus le tangage se fait sentir du fait de la houle et quelques jours après j’ai constaté que mes bras étaient couverts de bleus, dans ces cas là on ne se pose pas de questions, il faut agir vite et une heure et demie plus tard, la manille changée et les voiles hissées on repartait.

Pas bien loin puisqu’à 16H je constate que la fixation du hale-bas en pied de mât a du jeu. En fait au départ de France j’avais du faire escale aux Sables d’Olonne pour changer les vis de fixation bien spécifiques de cette pièce et je m’aperçois que des vis se sont désserrées malgré les écrous nylstop, je rajoute donc des contre-écrous et c’est reparti. Le 15, un petit moment de découragement en voyant le vent refuser et le cap nous menant droit vers l’Amazone, mais bon 24H après cela allait mieux.

Nous n’avons pas eu de gros orages lors du passage de la ZIC, quelques éclairs dans le lointain et de gros nuages qui nous ont donné de la pluie tropicale, aussitôt sorti le Tahiti douche mais ce n’est pas évident de bien se rincer, cela ne vaut pas une pomme de douche!

Ca y est, nous sommes dans l'hémisphère sud!


Le 17 décembre à 13H nous franchissons l’équateur, nous ne faillirons pas à la tradition et nous déboucherons une bouteille de champagne pour en donner une bonne rasade à Neptune…et une autre pour chacun de nous bien sûr, je pense qu’il a apprécié car les conditions de mer sont toujours restées bonnes jusqu’au Brésil.


Et une rasade de champagne pour Neptune
Nous avons été très étonnés du manque de vie animale dans cette partie de l’Atlantique, pas de dauphins ni autres mammifères, par contre à l’arrivée nous apprendrons que trois bateaux avaient heurté des cétacés près des rochers St Paul que nous avons laissé à 35Mn à babord. Normal pour les oiseaux vu la distance de la terre, malgré tout un paille en queue deux jours après le départ et une sorte de pétrel s’est posé un quart d’heure sur notre ancre au niveau de l’équateur. Par contre que de poissons volants et quelle odeur ils laissent en s’envolant par bancs entiers.

Une petite pause
Pour ce qui est d’autres bateaux, nous avons navigué à vue pendant trois jours avec un autre voilier, 24H après avoir quitté le Cap Vert, qui n’a jamais répondu à nos appels VHF tant en français qu’en anglais, doublé au moteur la nuit du pot au noir un voilier qui n’était signalé que par son feu de mouillage et nous avons croisé quelques cargos en se rapprochant des côtes brésiliennes. Le 23 décembre par contre notre AIS nous signale à 12H30 qu’un bateau vient vers nous, nous voyons une masse blanche à l’horizon et bien que nous suivons notre cap, il semble toujours progresser vers nous, nous distinguons bientôt de nombreuses antennes et radars et en voyant bientôt un liséré bleu et jaune le long de la coque le doute n’est plus permis, c’est bien un bateau d’Ifremer!


L'Atlante d'Ifremer
Dès que le nom est lisible, c’est l’Atlante que nous voyons de temps en temps en cale sèche à Concarneau, je prends donc le combiné VHF et j’entame une conversation inattendue à 250Mn de l’arrivée. L’officier de quart me dit avoir repéré de loin notre bateau, qu’en se rapprochant en connaisseur certainement il s’est douté que c’était un bateau de voyage français, nous lui avons dit que nous étions de la région de Concarneau, il nous a répondu qu’une partie de l’équipage en était aussi, nous avons demandé si par hasard il connaissait notre voisin de Trévignon Eric Sarollo, affirmatif et il nous a appris qu’ils venaient d’Argentine et qu’ils allaient à Pointe à Pitre, nous lui avons raconté notre programme et chacun s’en est allé dans sa direction. Encore une fois que le monde est petit.

Le 24 décembre au soir, à 100Mn de l’arrivée vers 21H nous fêtions notre premier réveillon de Noël en mer, au menu foie gras et champagne, le confit de canard attendant le lendemain midi, finalement nous étions très contents de le fêter à deux juste avant de retrouver la terre ferme.


Arrivée devant Salvador de Bahia
Le lendemain vers 17HTU nous longions la côte Est de Salvador hérissée d’immeubles gigantesques, non ce n’est pas encore New York mais ça dépayse! Aux pontons de la marina nous sommes accueillis par Martine et Christian de l’Atlantis 400 Tahaa Tiva partis un jour avant nous et arrivés depuis trois jours.



2050Mn parcourus en 17 jours, nous sommes heureux de cette première grande traversée, merci Jean Yves et maintenant à la découverte du Nouveau Monde!

lundi 12 octobre 2009

Canaries

Bonjour à tous de San Sebastian de la Gomera,

Nous vous avons quittés le 26 Septembre, ce matin là nous partons de la marina Quinta do Lorde à l'extrémité Est de Madère pour rallier l'archipel des Canaries. Nos copains Yves, Elisabeth, Denis et Edith se sont tous levés pour nous dire au-revoir, c'est vraiment sympa. Dès la sortie du port, un vent de Nord de 25 à 30 Nds nous cueille à froid, heureusement que la mer est parfaitement plate protégée par l'île. Nous décidons de passer les Iles Désertas par l'Est, ces îles sont au nombre de trois, elles s'allongent sur 12Mn grosso modo sur une orientation nord-sud et sont une réserve naturelle, le sommet est quand même à 478 mètres ce qui du pont du bateau est assez impressionnant car nous les passons de près. Ensuite cap au 139, directement sur Alegranza première île des Canaries.

A 15h15, on s'aperçoit qu'un poisson a mordu à notre ligne, on la ramène à bord mais au bout de 20 mètres il se décroche, dommage apparemment c'était une dorade coryphène. Un nouveau problème technique apparaît bien vite, l'hydrogénérateur ne débite plus, suite aux problèmes d'alimentation du pilote j'ai alimenté directement le calculateur depuis la batterie avec du 2X6² et de ce côté là tout va bien, mais décidément il y a toujours quelque chose qui cloche! Bref, la traversée ne durant que deux jours on verra cela aux Canaries. A 18h15 L'AIS sonne et nous repérons un pétrolier. La nuit sera sans problème et un autre gros bateau sera repéré à 4h.


Notre première daurade coryphène
Le dimanche 27 au point de 9h nous aurons parcouru 134Mn et 20 minutes après nous remontons à bord une superbe daurade coryphène de 60cms, suivie une demie heure plus tard par une petite bonite, à défaut de Bruno à bord on fait ce qu'on peut! A 18h le GPS nous donne une arrivée à 6h donc de nuit nous préférons affaler la grand-voile afin de réduire la vitesse.

Alegranza, première île des Canaries


Le lendemain dès 6h30 je vois le feu du phare d'Alegranza et une heure plus tard je distingue à tribord la masse sombre de l'île volcanique, puis avec l'aube les falaises de Lanzarote commencent à émerger de l'obscurité, c'est vraiment un moment magique que celui d'arriver surtout au petit jour devant des îles inconnues. A vrai dire, je ne devrais pas dire inconnues dans ce cas précis puisque il y a 20 ans, suite à un challenge au sein de l'enseigne « Mat Service », Annick et moi étions venus à Ténérife une semaine, nous avions profité de l'occasion pour visiter sur un jour la Gomera en bus et un autre jour Lanzarote. On l'a sûrement dit à beaucoup d'entre vous, mais sur cette dernière île, en voyant la petite île de Graciosa du haut du mirador del Rio, nous nous étions jurés d'y revenir un jour avec notre propre bateau, eh bien ce matin du 28 Septembre à 10h50 nous embouquons le Rio séparant Graciosa de Lanzarote et à midi nous entrons dans le petit port de « Caleta del Sebo » après avoir parcouru 273Mn. Notre voeu s'est réalisé!

La Graciosa, 20 ans après

Nous trouvons une petite place, la dernière disponible dans un recoin difficile d'accès mais où nous arriverons quand même à nous faufiler grâce au propulseur d'étrave. Comment vous décrire Graciosa?  D'abord ses dimensions, 6,5Kms de long sur 3 de large, elle est aride voire désertique, très basse sur l'eau avec quatre cônes volcaniques dont le plus haut émerge à 265m. Toute la vie est concentrée autour du port à part quelques belles résidences à la pointe NW de Pedro Barba. Il n'y a pas de routes goudronnées, que des pistes et les rues du village ne sont que du sable, notre guide nautique nous dit très justement ce qu'ont coutume de dire les habitants aux visiteurs : « quand vous débarquez, vous pouvez enlever vos chaussures et oublier le reste du monde » et c'est bien vrai. N'y circulent que quelques 4X4.


Il restait une place au ponton
La vie sur l'île est rythmée par les bateaux qui amènent les touristes dans la journée et dès la soirée la vraie vie îlienne apparaît, les terrasses des bistrots et restos se remplissent de gens du coin ou de plaisanciers et le monde se refait. On va y rester 6 jours qui pour l'instant seront les plus agréables de notre périple.


Fin de journée hors du temps
Nous y ferons de belles balades parmi les volcans, pris de bons bains dans une eau transparente et connu d'autres bateaux et équipages. Parmi ceux-ci, Eric et sa compagne Jo avec un Sun Fizz qui vont aussi au Brésil puis ils passeront Panama pour rallier la Nouvelle Zélande pour la prochaine coupe du monde de rugby, Eric étant un passionné du ballon ovale, nous les retrouverons plus tard.


L'Estrecho del Rio entre La Graciosa et Lanzarote
Du mouillage voisin de playa Francesa, Ollivier de Mellac déjà rencontré à Madère viendra boire un pot à bord, il était le coordonnateur technique de la construction du maxi trimaran Banque Populaire et il part aussi avec sa femme et ses deux enfants pour un tour d'Atlantique.

Je révise aussi l'hydrogénérateur et la panne venait d'une mauvaise connection au niveau de la prise au tableau arrière. Comme on dit, les bonnes choses ont une fin et les Canaries sont grandes, il faut se décider à quitter cet endroit magnifique, il y en aura j'espère plusieurs autres.


Vue sur Alegranza
Dimanche 4 Octobre, départ de « Caleta del Sebo » nous remontons l'Estrecho del Rio avant de passer la pointe Fariones et de longer la côte NE de Lanzarote, petit vent 2 à 3 B. nous permettant d'avancer tranquillement puis il tombera nous obligeant à mettre le moteur pour les derniers milles.
En passant devant la capitale Arrécife, nous pêchons un barracuda, pourvu que cela continue!


Premier barracuda
A 17h30 nous nous amarrons à Puerto Calero, port qui a la particularité d'avoir des bittes d'amarrage en laiton poli que des employés s'acharnent régulièrement à astiquer ...Lanzarote est comme d'autres îles des Canaries, le lieu de vacances privilégié des allemands et on y entend plus parler germain qu'espagnol, ces îles ont pour beaucoup perdu leur âme au profit du tourisme de masse, c'est impressionnant de voir les « cages à lapin » en bord de mer quand on longe ces côtes. Heureusement que l'intérieur et les côtes au vent ont su préserver un peu leur authenticité;

Nous louerons une voiture deux jours pour continuer notre pélérinage, c'est fou ce qu'en 20 ans on oublie, quelques paysages nous diront qu'on y est déjà venu mais dans l'ensemble c'est une redécouverte. Nous commençons par le sud via Femes avant de descendre sur Playa Blanca et Puerto Rubicon, le portable sonne, c'est Arsène et Nelly qui viennent prendre de nos nouvelles, à peine raccroché c'est Marie Thérèse qui nous annonce que sa cousine ne sera pas visible à Las Palmas sur Gran Canaria car sa mère est décédée et elle est revenue en France, cette escale prévue au départ ne se fera donc pas mais de toutes façons dans ce même port se rassemblent 265 voiliers participants à l'ARC (Atlantic Rally for Cruisers) et le port est bondé. Nous irons donc sur Ténérife. L'après midi nous retournerons visiter le Parc national de Timanfaya et la Montana del Fuego, il s'agit de la dernière contrée de l'île à avoir subi une éruption volcanique en 1924 et les champs de lave sont très impressionnants, ils se visitent en car par un circuit de 14Kms. Au sommet de la Montana del Fuego la lave est toujours présente, annonçant une température de 140° à 10cms et 400° à 6m; le restaurant qui y est situé fait toujours ses grillades au dessus de cette lave, la maman d'Annick s'en souvenait toujours très bien ces derniers temps car ce qu'on lui avait raconté 20 ans avant l'avait marqué. Puis nous irons sur la côte nord, La Santa et la Caleta de Famara, beaucoup plus authentique et paradis des surfeurs , véliplanchistes et kite surfeurs. Au retour nous passerons faire un tour à Arrécife.


Montana del Fuego
Le lendemain nous commencerons par la route des vins, eh oui, malgré l'aridité et la sécheresse, Lanzarote produit des vins de bonne qualité, chaque pied de vigne est entouré d'un muret de pierres volcaniques noires en demi-cercle et une fine couche de cendres permet de conserver l'humidité ce qui donne de très beaux contrastes de couleur entre ce noir et le vert de la vigne. Nous passerons ensuite à Téguise, petite ville touristique préservée ou il y a beaucoup de boutiques d'artisanat; nous rejoindrons ensuite le Mirador del Rio pour embrasser une dernière fois la magnifique vue sur Graciosa avant d'aller visiter la « Jameos del Agua » grotte volcanique naturelle au fond de laquelle le niveau de l'eau subit par infiltration l'action des marées et où vit un petit crabe aveugle, le tout aménagé artistiquement par César Manrique qui a fait beaucoup à Lanzarote pour essayer de conserver à l'île son identité. La visite se termine par la « Maison des Volcans » qui vulgarise la volcanologie d'une manière très intéressante.


Les pieds de vigne bien protégés du vent
A Puerto Calero, nous faisons aussi connaissance de Jean Pierre et Véronique qui naviguent sur un Nicholson 31 super équipé battant pavillon suisse qui est effectivement la nationalité de Jean Pierre, Véro étant catalane, ils partent pour un tour du monde via le Cap Vert et le Brésil, on aura donc l'occasion de se revoir, mais Jean Pierre est passionné de BLU et il va passer une demi-journée à m'expliquer son fonctionnement et tenter de remédier aux petites anomalies d'installation de la mienne.

Cela fait une semaine que nous sommes à Lanzarote et il est temps de voir autre chose, nous décidons donc de descendre vers la petite île de Lobos au nord de Fuerteventura, à voir le sable où nous mouillons on se croirait arrivés aux Caraïbes tant il est blanc, malheureusement il y a beaucoup de vent et de houle, nous partirons donc le lendemain matin pour Ténérife distante de 130Mn.


Pointe orientale de Ténérife
Départ à 8h45 avec un bon vent de NE, traversée sans problème et toute la nuit nous aurons le phare et les lumières de Gran Canaria sur notre babord remplacées à la fin par celles de Ténérife. La nuit le vent mollira et c'est au petit matin que le pic du Teide, plus haut sommet d'Espagne percera les nuages l'entourant et la pointe N de l'île apparaîtra. Nous nous amarrerons à la « Marina del Atlantico » de Santa Cruz à midi.
Quand on vous dit que le monde est petit, on le constate un peu plus de jour en jour et qui plus est en ce qui concerne les bretons. Quand vous arrivez dans un port, soit il y a un ponton d'accueil où vous laissez un quart d'heure votre tendre et chère épouse faire un peu de rangement tandis que vous, le skipper descendez fièrement de votre destrier avec votre pochette contenant tous les papiers et allez rendre visite en général à de charmantes secrétaires qui, après avoir photocopié tout ce qu'elles veulent vous attribuent une place avec un plan du port pour vous y rendre, soit et c'est le cas ici, un « Marinero » vous hèle et vous désigne l'endroit où vous devez vous mettre. Et bien ici, bien loin de chez nous on s'est retrouvé à 5 bateaux finistériens dont trois de Port la Forêt!


Entrée du port de Santa Cruz
Le premier est le Bavaria 36 de Michel Pierson de Gouesnach et de son épouse qui était mon voisin de ponton avant que j'aie ma place définitive, je savais qu'il partait pour les Antilles mais étant éloignés dans le port je n'avais pas su quand. En réalité il était parti à peu près aux mêmes dates mais n'avait pas longé la côte nord espagnole et était venu à Madère directement de Lisbonne, de plus ce sont les parents de la directrice de l'école maternelle de Melgven où Annick enseignait et qui habite Kerjean à Saint Philibert. Le deuxième est un Trisbal 36 actuel voisin de ponton avec son propriétaire, son copain qui a aussi un bateau sur le même ponton et un autre copain qui vont aussi aux Antilles mais directement de la Gomera. Le troisième un bateau du Guilvinec et le quatrième un bateau en acier de Morlaix avec un couple d'enseignants et trois petits enfants dont un d'un an. En plus nous y retrouvons Khéops 2, le Sun Fizz d'Eric et Jo connus à Graciosa et qui en sont venus directement.

L'avantage de cette marina est qu'elle est en plein coeur de la ville, une avenue l'en séparant, l'inconvénient est que le port des ferries est aussi tout à côté et qu'il y a tout le temps du bruit, jour et nuit, quand ce n'est pas de la suie s'échappant de leur cheminée qui se pose délicatement sur votre pont, mais bref ne faisons pas la fine bouche. L'autre inconvénient déjà vrai à partir de Madère mais encore plus vrai ici est le problème des cafards. Il faut impérativement enlever tous les emballages cartonnés susceptibles d'abriter leurs oeufs et laver certains fruits et légumes, quelques bateaux en ont eu à bord, nous, croisons les doigts, pas encore.


Le Teide plus haut sommet d'Espagne
Vingt ans auparavant nous étions à l'hôtel à Puerto la Cruz sur la côte nord et l'île ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable, nous déplaçant en bus avec le groupe, nous n'avions même pas pu monter au sommet du Teide. Cette fois nous sommes bien décidés à réparer ce regret, nous louons donc une voiture pour une semaine et nous nous présentons à Santa Cruz à un fonctionnaire pour obtenir le sésame: l'autorisation écrite de monter en haut des 3718m. L'autorisation nous est accordée de 10h à 12h précises, il est donc exclu d'y monter à pied, heureusement un téléphérique nous prend à 2356m et nous amène à 3555m en 8 minutes, reste à gravir le reste, c'est très réglementé et il faut montrer l'autorisation, mais une fois là haut après avoir franchi un passage de 10m dans les fumerolles de soufre, quel bonheur et quelle vue, sur toute l'île bien sûr mais on voit aussi les sommets des autres : Gran Canaria au sud, La Palma, La Gomera et El Hierro à l'ouest. Ce qui est aussi très impressionnant c'est de voir d'en haut la caldera de Las Canadas recouvrant 14000ha avec ses chaos de coulées de lave allant du noir au beige. Nous redescendrons à pied cette fois d'abord par le chemin menant au refuge, puis par une descente raide menant à la Montana Blanca, celle ci toute beige avec des « oeufs » gros blocs ovoïdes de basalte noir propulsés ici et là par l'éruption, ensuite par une longue piste regagnant la route goudronnée. Nous retrouverons la voiture 5heures plus tard fatigués mais la tête et l'appareil photo pleins de panoramas magnifiques.


Au sommet, 3717m
Nous ferons encore d'autres balades, sur la pointe est dans le massif de l'Anaga en pleine forêt sur des sentiers en haut de crêtes impressionnantes, aux hauts lieux touristiques que sont Icod de Los Vinos, Garachico, Puerto de la Cruz. Au final nous serons réconciliés avec Ténérife car nous avons eu le temps de l'apprécier et on se dit que la vie sur cette île doit être très agréable tout au long de l'année du fait de la douceur de son climat et la variété de ses paysages, passant en une heure du bord de mer à la montagne et pour celui qui y a un bateau, un merveilleux bassin de navigation.


Le dragonnier "millénaire" d'Icod de los Vinos
J'allais oublier le centre ville qui nous a laissé le meilleur souvenir, celui de San Cristobal de la Laguna avec ses vieilles rues du centre d'ailleurs classé patrimoine mondial de l'Unesco. C'est là qu'on trouve les maisons des XVI, XVII et XVIII ème siècles avec leurs lourdes portes de bois et leurs magnifiques balcons de bois surplombant les ruelles, derrière ses belles façades se trouvent des patios magnifiques comme celui où est installé le point « i », à ne pas rater. La Laguna est en fait le prolongement dans la montagne de Santa Cruz, il n'y a pas de rupture entre les deux villes.


Patio à San Cristobal de la Laguna
Sur les hauteurs de la Laguna nous français, ne sommes pas du tout commercialement dépaysés puisqu'on y trouve Décathlon, Leroy Merlin, Auchan, Carrefour un peu plus bas, c'est quand même très pratique de pouvoir compléter l'équipement et faire un avitaillement conséquent car il nous faut prévoir un mois de nourriture (1 semaine jusqu'au Cap Vert puis trois jusqu'au Brésil) le ravitaillement au Cap Vert n'étant possible qu'en frais et encore. Ayant vu la chose sur un bateau voisin et imitant Michel, j'investis dans un éclairage à 3 spots à leds de 1W chacun qui nous donne un éclairage de cockpit somptueux, le tout amovible sous la bôme, c'est sûr nous pourrons voir les arêtes des poissons quand nous mangerons dehors! Je bricole aussi un siège de veille au-dessus de la descente et j'achète des jerrycans de gas-oil que je fixe sur les passavants à une planche fixée à deux chandeliers, j'aurai ainsi 100L de carburant supplémentaires en prévision des calmes du Pot au noir. Il faut profiter des derniers avantages de la vie européenne.

A trois milles au nord  il y a une autre marina réservée aux bateaux locaux et un chantier avec un travel lift, après avoir pris rendez vous j'y amène le bateau pour le caréner, nous avions touché un banc de galets en Juillet à San Vicente de la Barquera et je préfère avoir une carène propre pour les traversées à venir, une fois sorti de l'eau, après lavage au nettoyeur HP, il s'avère que ce sont des rayures mineures et après un coup d'enduit et localement d'antifouling, l'anode d'hélice changée préventivement, tout sera en ordre et nous reviendrons le soir même à la marina del Atlantico. La surprise quand même de cette sortie sera le poids annoncé par les pesons : 10 Tonnes, alors qu'en temps normal chez nous on est entre 8 et 8,5T, ce n'est pas étonnant qu'il ait perdu en vélocité, mais  on ne veut manquer de rien et c'est pas évident de se limiter. Après tout c'est un bateau de voyage, pas de régate!

Santa Cruz est aussi la deuxième étape du rallye des Iles du soleil (RIDS) et leur arrivée s'est échelonnée dans la journée du lundi 19, on retrouve avec plaisir Yves et Elisabeth ainsi que Denis et Edith très contents d'être arrivés troisièmes de l'étape sur leur Azzuro 42. Ils repartiront le samedi 24 pour Dakhla au Maroc puis au Sénégal, mais normalement nous les retrouverons à Mindelo au Cap Vert.

Le mardi 20, nous verrons l'arrivée de « Alya », le bateau suisse de Jean Pierre et Véronique, le lendemain comme il nous reste un jour de location de voiture nous leur ferons connaître la côte nord avec retour par Las Canadas au pied du Teide.


Los Roques dans Las Canadas
Le dimanche 25 nous quittons Santa Cruz pour une escale derrière la Montana Roja au sud de l'île, nous aurons beaucoup de vent le soir et beaucoup de houle la nuit et le lendemain matin cap sur la Gomera distante de 31Mn. Nous y arriverons vers 15H et serons aussitôt dirigés vers le « purgatoire », je nomme ainsi le ponton situé près de l'entrée, très sujet à la houle et qui est tellement déglingué que des couinements incessants se font entendre, on nous assure que nous pourrons gagner le « paradis », c'est à dire une place normale dès que des bateaux seront partis. Ce qui est stipulé dans le guide nautique est donc bien vrai, c'est un port qui ne refuse jamais de bateau, ils les casent partout où ils peuvent et de ce fait il est toujours quasiment plein. Ce qui est aussi très impressionnant c'est de voir dans l'avant port les manoeuvres des ferries et en particulier de l'énorme trimaran qui rallie Las Christianos à San Sebastian.


San Sebastian de la Gomera
Nous retrouvons donc aussi la Gomera 20 ans après y avoir passé à peine une journée, là encore plus qu'ailleurs nos souvenirs se sont envolés et c'est une redécouverte totale. C'est une île quasiment ronde de 369Km², avec en son centre au plus haut, une magnifique forêt, le Parc National  de Garajonay. Toutes les routes convergent vers le centre et descendent ensuite dans les différentes vallées, il n'y a pas de route circulaire, nous louons deux jours une voiture pour en visiter les coins les plus intéressants. Le deuxième jour nous ferons deux belles marches, la première au sein du parc où nous cueillerons même des chataîgnes et la deuxième nous verra gravir la montagne sacrée des Guanches, premiers habitants de l'île, la Fortaleza véritable citadelle minérale.

Montana Fortaleza


 La Gomera est une île authentique pas trop envahie par le tourisme de masse, beaucoup arrivant en ferry le matin et repartant le soir, les spécialités sont le gofio, pâte à base de farine de maïs ou d'orge et le guarapo qui est le miel de palme, les anciens ont aussi un langage sifflé : el silbo qui leur permet de communiquer entre les différentes vallées.

Valle Gran Rey - Statue à la mémoire des Guanches

Vous l'avez deviné, on s'y sent bien et le temps y passe très vite surtout que de chaque côté du port il y a une plage où l'on se baigne chaque jour ou presque, mais notre chemin est encore long et les prévisions météo prévoient un temps favorable en milieu de semaine prochaine, nous quitterons donc les Canaries pour une traversée d'une semaine environ, nous comptons arriver sur l'île de Sal au Cap Vert, mais ceci est une autre histoire...