samedi 27 mars 2010

Brésil deuxième partie

BRESIL deuxième partie

Le 19 février nous appareillons d'Itaparica pour Salvador puisque nous partons le lendemain en avion pour Iguaçu, notre décollage étant prévu à 6h30 le responsable de l'agence où nous avions acheté nos billets, Thiago Pereira, nous avait proposé de nous conduire lui-même à l'aéroport à 4h30 aussi c'est de bonne heure que nous nous couchons ce soir là. Une heure après alors que le sommeil commençait à venir, une voix nous appelait depuis le ponton, c'était Thiago qui venait nous avertir que le vol était modifié et que nous ne partirions qu'à 9h15, en conséquence il passerait nous prendre à 7h45.

Le lendemain matin nous étions à 7h45 pétantes devant les grilles de la marina à attendre Thiago. 8H personne, à 8h15 toujours personne, heureusement un taxi était là. Nous l'apprendrons au retour et il nous l'avouera tout penaud, c'était le retour du carnaval la veille et s'étant couché très tard il avait eu une panne d'oreiller.

Ce vol nous amena d'abord à Curitiba, plaque tournante aérienne au Brésil après trois heures de vol puis à Foz do Iguaçu une heure plus tard. Un taxi commandé par l'hôtel nous attendait et après y avoir déposé nos bagages nous nous rendions à l'office du tourisme. Il était trop tard pour visiter un des sites des chutes, par contre un son et lumière était organisé vers 20h au barrage d'Itaipu, ce qui tombait bien.

Barrage d'Itaipu Binational

Le barrage d'Itaipu est la plus grande centrale hydro-électrique du monde après le récent barrage des Trois Gorges en Chine. Il est situé sur le fleuve Parana constituant à cet endroit la frontière entre le Brésil et le Paraguay, d'où son nom de « Itaipu Binacional ». Son fonctionnement est assuré par des ingénieurs et techniciens des deux pays, il assure 90% de l'énergie consommée au Paraguay et 25% au Brésil. Sa production au travers des 20 unités (18 en permanence) est de 14000MW. Sa construction a nécessité en fer et acier l'équivalent de 380 Tour Eiffel et 15 fois plus de béton que le tunnel sous la Manche, c'est vraiment une construction gigantesque avec un lac de retenue de 1350Km². La construction de ce barrage a soulevé de nombreuses inquiétudes vis à vis de l'écologie et on voit bien que les visites très bien organisées s'efforcent de gommer ces critiques : création d'une échelle à poissons sur le côté et constitution d'une réserve naturelle protégée à proximité, visitable elle aussi. En tous cas l'illumination très progressive du barrage était impressionnante et nous espérons pouvoir visiter ses entrailles avant de partir.

Le déversoir



Le lendemain nous prenons le bus pour le « Parque Nacional », c'est à dire la visite des chutes côté brésilien. Là aussi tout est parfaitement organisé, on est conduit avec des bus à étage jusqu'au départ des sentiers qui surplombent la rivière, c'est de ce côté que l'on a les plus belles vues puisque la majorité des chutes se trouve côté argentin mais orientée vers le Brésil, une seule passerelle mais très impressionnante puisque située au milieu de la plus spectaculaire chute, celle de la Gorge du diable, 90m de haut, 700m de long. Il va sans dire que vaut mieux s'y promener en maillot de bain et avoir un appareil photo étanche vu les embruns! En arrivant avec l'avion on avait déjà eu un aperçu de ce site grandiose, mais là, avec le son et l'image plus l'humidité on a du mal à décrire le ressenti face à de telles forces de la nature. On voit aussi de gros Zodiac semi rigides avec une vingtaine de personnes à bord s'approcher au plus près du pied des chutes, c'est tentant mais bon on verra demain.

Une partie des chutes vue du côté brésilien


Il y a un animal omniprésent autour des chutes et du barrage, c'est un fourmillier avec un long museau et une queue de raton laveur, son poil est très doux et il se laisse très facilement approcher et caresser : le coati, mascotte de ces chutes que l'on retrouve en peluche comme emblème local.

Coati


L'apès midi sera consacrée à la visite du « Parque das Aves », parc de forêt tropicale de 17ha peuplé de magnifiques oiseaux plus colorés les uns que les autres, flamands roses, ibis rouges, aras et surtout les magnifiques toucans et leurs immenses becs multicolores, en tout 150 espèces enfermées c'est sûr, mais dans des volières hautes d'une dizaine de mètres et longues d'une trentaine à l'intérieur desquelles on pénètre pas des sas. Un émerveillement pour les petits enfants et même pour les grands enfants que nous sommes!

Magnifique Toucan


Pour parler un peu des découvertes culinaires brésiliennes, à côté des restaurants « au kilo » où l'on pèse son assiette une fois remplie au buffet dont je vous ai sans doute déjà parlé, nous avons testé ici pour la première fois le « Rodizio » de viandes, vous payez une somme forfaitaire qui vous donne droit au buffet à volonté et on vous donne un carton vert d'un côté et rouge de l'autre. Il y a une grande rôtisserie et les serveurs n'arrêtent pas de venir y chercher les quartiers de viande avec lesquels ils circulent parmi les tables, si votre carton est du côté vert ils vous découpent au dessus de votre assiette une belle tranche, ensuite le temps de la manger n'oubliez pas de retourner votre carton, vous pouvez manger autant de sortes de viandes grillées que vous voulez...ou que vous pouvez! Il existe aussi la même formule avec les pizzas, on n'a pas testé.

Le lendemain nous partons en Argentine de bonne heure car la visite est plus longue, à la frontière il nous faut descendre du bus et passer dans un bureau qui nous enregistre et met le tampon sur le passeport puis nous arrivons à Puerto Iguazu, il n'y a pas de différence notable entre celle-ci et une autre ville de même importance au Brésil, même type d'habitations et même niveau de vie. L'organisation de la visite nous semble plus simple, pas de bus mais un petit train, mais surtout une multitude de chemins pédestres prolongés par des passerelles au dessus de la plupart des chutes mais aussi au pied de celles-ci.

Chutes côté argentin

Tant qu'à faire nous avons pris un billet nous donnant droit à une descente en rafting cool dans un des bras en aval des chutes puis une virée dans les semi-rigides vus la veille depuis la rive brésilienne. La descente en rafting fut très calme et sans bruit dans la nature nous permettant de guetter un crocodile éventuel mais d'après notre guide le niveau de l'eau était trop bas, rassurez vous on s'est arrêtés avant les chutes mais au fur et à mesure qu'on s'en rapprochait leur bruit nous faisait imaginer la catastrophe s'il ne s'arrêtait pas avant!

Prise de vue dans le bateau au pied de la chute

Ensuite ce fut le grand moment d'émotion avec le semi-rigide, d'abord il vaut mieux se mettre en maillot de bain puis mettre toutes ses affaires dans un sac étanche qu'ils vous fournissent. Puis départ à donf avec les deux fois 200CV pour s'approcher de la première chute côté argentin, première douche je dirai moyenne, ensuite il va du côté brésilien se placer au pied de la chute de la Gorge du diable et là il s'y reprend à trois reprises s'approchant un peu plus à chaque fois et nous faisant subir l'effet d'une lance à incendie, on en revient contents et amusés comme des gamins, heureusement que les conducteurs connaissent tous les recoins, courants et contre-courants de ces chutes!

Nous ferons ensuite toutes les passerelles inférieures admirant les multiples chutes d'eau et un peu plus haut le belvédère de la chute Bossetti, mais le plus spectaculaire fut la passerelle supérieure longue de 500m au dessus des chutes de St Martin. Il faut s'imaginer le côté grandiose de l'ensemble du site, l'humidité permanente près des chutes et le bruit assourdissant de celles-ci, ce fut vraiment un spectacle inoubliable devant lequel on se sent tout petit.


Au retour, ayant oublié le chargeur de batteries de mon appareil photo, nous décidons d'essayer d'en trouver à Ciudad Del Este, le port franc paraguayen situé de l'autre côté du Parana. Le bus qui nous y amène est déjà particulièrement rustique par rapport aux bus brésiliens mais ce n'est rien à côté de ce que nous allons voir. Aussitôt traversé le pont on se croit arrivé dans un autre monde, passez moi l'expression c'est le « bordel », imaginez un boulevard de deux fois trois voies eh bien vous ne pouvez vous déplacer que sur deux de ces voies, celle de droite étant couverte d'immondices et de sacs poubelles. Le contraste est d 'autant plus saisissant que partout vous ne voyez que des pubs et des affiches pour tout ce qui est dernier cri en photo, hi-fi etc...Vous y êtes tout de suite abordé, presque harcelé, cela nous est apparu comme un « Andorre du tiers monde ». Peut-être que le fait d'y être en fin d'après midi justifiait que tout le monde mette ses poubelles et emballage dans la rue, malgré tout après être rentrés dans le premier magasin nous trouvions notre chargeur pour moins de 10 Euros et dix minutes après nous reprenions le bus pour rentrer au Brésil et retrouver un pays moins stressant.

Le lendemain matin le contraste était encore plus saisissant puisque nous participions à la visite technique cette fois-ci du barrage d'Itaipu. Coiffés de l'obligatoire casque de chantier nous avons pénétré dans les entrailles de la centrale hydro-électrique, là on nous a tout expliqué, abreuvé de chiffres plus impressionnants les uns que les autres et nous avons pu voir de très près à la toucher une des turbines ainsi que la salle de contrôle. C'est impressionnant et gigantesque dans une autre mesure que la visite des chutes.

Devant l'une des 20 turbines


L'après midi décollage pour Rio de Janeiro où nous atterrirons dans la soirée après un survol de la ville spectaculaire. Un bus nous amènera directement à notre hôtel dans le quartier de Flamengo.
Le lendemain nous profitons du beau temps pour monter en funiculaire au fameux Corcovado, et son immense statue du Christ rédempteur, d'après le guide du Routard une boutade populaire assure que si le Christ a les bras ouverts, c'est qu'il attend que les Cariocas (nom des habitants de Rio) se mettent à travailler pour applaudir!





Nous continuons notre visite en allant nous baigner l'après midi à Ipanema, pour nous sécher nous remontons la plage de Leblon et comme vous le savez nous aimons marcher donc du coup nous décidons de rentrer à pied à l'hôtel. Nous retraverserons Ipanema avant de longer la mythique Copacabana puis Botafogo et enfin Flamengo soit une douzaine de Kms sur la plage et le front de mer.

Ipanema

Bien nous en prit car le lendemain changement de temps, un bon coup de vent et de la pluie continue avec en plus une température chutant à 20°, nous avions froid et nous n'avions pas apporté de petite laine! Heureusement que nous avions des grands ponchos en PVC jaune pétant, vous nous auriez vus ainsi vêtus avec en plus pour Annick des croks corail et moi des orange, de vrais extra-terrestres, le carnaval était fini mais tout le monde nous regardait! Cependant plus moyen par manque de visibilité de monter au Pain de sucre, nous nous rabattons donc sur la vieille ville et le quartier de Santa Teresa accessible en tramway style Lisbonne, le tout charmant mais sous la pluie ce n'est pas top.

Le "Bonde" tramway reliant Lapa à Santa Teresa

Le lendemain matin le ciel se dégageait un peu nous permettant de nous précipiter vers ce « Pao de Azucar », nous étions les premiers clients des deux téléphériques qui y montent en deux étapes, malgré la mauvaise visibilité, nous sommes quand même parvenus à voir toute la baie avec notre fameux porte avion Foch qui a été racheté par le Brésil au mouillage.

Quartier et plage de Botafogo avec le Corcovado au fond


Nous qui pensions rester cinq jours à Rio nous décidons d 'aller voir ailleurs et bien nous en prit. En effet un peu plus au sud se trouve la baie d'Angra et Paraty avec l'île d'Ilha Grande. L'après midi nous prenons donc un nouveau bus pour deux heures de trajet, nous y rencontrerons Suzanna biologiste à Rio et parlant français rentrant en week-end dans son île, elle nous fera raccourcir le trajet d'une demie-heure en prenant une lancha dans un petit port à côté de Mangaratiba. Après une heure et demie de traversée nous débarquons à Vila do Abraao le port d'Ilha Grande et elle nous introduit dans la Pousada de Gérard Massé un français parrain de sa fille où nous trouvons une chambre très agréable avec vue sur le port. Suzanna et son mari photographe sont d'ailleurs les auteurs d'un guide des chemins de randonnée de l'île et ont retapé une habitation au pied du phare à la pointe NE de l'île.

Vila do Abraao à Ilha Grande

Le lendemain nous ferons une grande balade à travers la forêt tropicale pour rejoindre la fameuse plage de Lopez Mendes en longeant des petites criques et plages propices au mouillages des voiliers, il faut dire que 9 bateaux du RIDS dont nos amis d'Alazado y sont descendus mais nous n'en avons vu que un au mouillage. Cette île de 193m² regorge de criques et est encore recouverte de la fameuse « Mata Atlantica », forêt primaire partout ailleurs déforestée. On s'y déplace principalement en lancha car les sentiers sont très abrupts, les seules « routes » sont en sable dans le village et il n'y a pas de voitures, un petit paradis.

Gros rouleaux à Lopez Mendes


Nous regagnons Rio le dimanche 28 février pour reprendre l'avion de Salvador, cette fois Thiago nous attendra à l'aéroport et se confondra en excuses pour son rendez vous raté.

Le départ vers le nord approche et à cet effet, une fois les formalités de départ de l'état de Bahia effectuées le lundi matin nous retrouverons avec plaisir la quiétude d'Itaparica où nous carènerons une nouvelle fois Retour de galbord. Nous y resterons une douzaine de jours en guettant une fenêtre météo nous permettant de remonter vers Récife.

"Lancha" au quai d'Itaparica

Les vents d'Est se dessinneront à partir du dimanche 14 et nous partirons dès six heures du matin, le départ sera laborieux avec vent et courant dans le nez, ce n'est que le lendemain après s'être dégagés de la côte que nous ne ressentirons plus l'effet de ces derniers et cette remontée se fera dans des petits airs nous obligeant à utiliser beaucoup le moteur, il y aura aussi beaucoup de cargos à éviter facilement grâce à l'AIS. Nous arriverons le vendredi matin au nord de Récife à Jacaré où deux français ont créé une petite marina à l'ambiance très agréable où se retrouvent tous les navigateurs qui remontent comme nous ou qui descendent vers le sud.

Même les chevaux traversent le rio à Jacaré

Ce port est situé dans un rio débouchant à Cabedelo et à proximité de la capitale de l'état du Paraiba : Joao Pessoa. La particularité de ce port est que tous les soirs au soleil couchant un saxophoniste arrive dans une barque devant les cafés restaurants bordant la rive et joue le Boléro de Ravel suivi de l'Ave Maria de Schubert et tenez vous bien il a dépassé les 2000 représentations, il figure dans le livre des records et a représenté le Brésil à Paris lors d'une manifestation musicale.

Jurandy Do Sax joue le Boléro de Ravel

Voilà, nous partons dimanche 21 pour Cayenne, quittant le Brésil après trois mois de croisière et visites, c'est sûr que ce pays de contrastes restera un souvenir fort dans notre périple entamé voici neuf mois, mais il faut avancer et on a quand même hâte de retrouver les Antilles et ses eaux turquoises.

A bientôt.

jeudi 18 février 2010

Brésil première partie

BRESIL – 1ère Partie

Il y a deux marinas à Salvador de Bahia, celle des brésiliens « Bahia Marina » et celle plus rustique et conviviale où atterrissent tous les bateaux de voyage : le « Terminal Nautico » anciennement CENAB. C'est dans cette dernière que nous arrivons ce 25 décembre.

Nous y retrouvons outre Christian et Martine de Tahaa Tiva, beaucoup de voiliers rencontrés au Cap Vert ainsi que les participants du Rallye des Iles du Soleil, dont nos bateaux-copains Harmonie de Denis et Edith, Alazado de Yves et Elisabeth étant en balade dans la baie. La très grande majorité des bateaux présents est française, on continue tous à se demander ce qui nous attire ici plus que d'autres nationalités? On n'a pas trouvé la réponse.

Cette marina est située dans le quartier des affaires de Salvador, derrière les quais du port de commerce se trouvent les bureaux de toutes les banques et beaucoup d'administrations ce qui fait que le soir tout devient désert. De ce quartier on accède au centre historique, le Pelhourino par une tour à quatre ascenseurs : l'élévateur Lacerda. Ce centre est touristique et concentre les plus vieux édifices de la ville qui ont du mal à résister à l'épreuve du temps, il faudrait un grand programme de restauration mais l'argent consacré à cela fait apparemment défaut et le Brésil a sans doute d'autres priorités. Les vieilles maisons des rues qui conduisent à ce centre semblent plus ou moins squattées et ce n'est pas étonnant que passé 22H il soit recommandé de rentrer en taxi. Les quartiers commerçants et résidentiels se trouvent en périphérie et en particulier sur le front de mer côté Est. Sur la côte Sud, juste avant les marinas il y a de résumé tout le contraste brésilien : les riches vivent dans une belle propriété en haut de la falaise, ils accèdent à la mer en contrebas avec un petit funiculaire où ils ont sur pilotis un bungalow et où est aussi amarrée leur grosse vedette. Quelques mètres plus loin au flanc de cette même falaise s'entassent les pauvres dans une favela...


On dit que cette partie du Brésil est la plus africaine et c'est vrai que elle a beaucoup de points communs avec le Cap Vert que nous venons de quitter, sans doute aussi la culture portugaise a laissé des traces, les gens sont très gentils et se mettent en quatre pour tenter de répondre à votre question et notre grand regret c'est de ne pas pouvoir communiquer, il aurait fallu apprendre quelques rudiments de portugais, on se promène avec notre petit guide de conversation mais la prononciation est tellement différente de l'écriture. Enfin avec beaucoup de patience et force gestuelle on y arrive!

La patience est aussi une habitude à avoir au Brésil, on en a fait l'expérience lors de nos formalités d'arrivée. On les a commencé le 28 décembre, lundi suivant Noël. Il faut d'abord se rendre le long des quais aux services de santé où l'on remplit un questionnaire médical, partout sont posées des affiches relatives à la grippe et la dengue. Ensuite, il était 10h on se présente à la police de l'immigraton, on y retrouve les équipages de trois autres bateaux français malheureusement le planton nous informe que un des deux policiers est malade, sans doute des suites du réveillon, et que le deuxième est en baie à contrôler un cargo, il nous assure qu'il arrivera une demie heure plus tard. En fait nous attendrons deux heures et notre tour arrivera à 12H30. A 14H ce sera le tour des douanes, là aussi deux heures à attendre et à 16H c'est trop tard pour aller à la Capitainerie de la marine brésilienne, ce sera pour le lendemain et du coup on peut rester au Brésil 90 jours reconductibles une fois après d'autres formalités, mais à chaque changement d'état il faudra recommencer une partie de celles-ci...

En attendant la nouvelle année nous continuons de découvrir Salvador en particulier le Shopping Center de Barra qui n'a rien à envier aux grands centres commerciaux de notre capitale. En complétant notre avitaillement nous sommes très étonnés de ne pratiquement pas trouver de rayon poissonnerie ni boucherie au détail, la majorité de ces denrées est vendue congelée ou salée et séchée, nous qui rêvions de bons poissons frais! La chaleur doit expliquer ces différences de consommation alimentaire.
A propos de chaleur, il fait toujours de 27° minimum la nuit à 32-35° la journée, heureusement que en fin de matinée se lève généralement une petite brise rafraîchissante et qu'au petit matin il y a presque toujours quelques averses tropicales. On s'y fait très bien, faut dire qu'étant parti en juin les températures ont cru progressivement au fur et à mesure de notre descente et vu l'hiver que vous avez subi en France on se dit qu'on a bien fait de partir cette année là.

Annick, Martine et Christian de Tahaa Tiva en route pour le réveillon

Nous fêterons le passage de la nouvelle année avec l'équipage de Tahaa Tiva dans une maison du Pelhourino louée par la famille de Pierre qui fait le RIDS avec son Moody « Pétunia » basé à Sainte Marine. Un cuisinier brésilien ayant préparé un superbe buffet de spécialités bahianaises, nous passerons le cap de la nouvelle année très agréablement en regardant du balcon surplombant la baie les différents feux d'artifices. C'est au retour de ce réveillon pourtant accompagnés par Pierre, son ami Luc et son fils jusqu'à l'élévateur Lacerda que j'ai mal démarré l'année. Une personne un peu louche est descendue dans le même ascenseur en nous parlant beaucoup, malgré le fait que nous étions sept, et voyant que les grilles de la marina approchaient elle a jeté son dévolu sur moi, a passé une main dans la poche de ma chemisette et s'est empressée de filer à toutes jambes avec le téléphone portable qui s'y trouvait. Heureusement qu'il n'était plus tout jeune, mais que cela nous serve de leçon, il y a 300m à faire à pied entre la sortie de l'élévateur et la porte de la marina et de nuit il faut impérativement prendre un taxi.

Cuisine bahianaise du réveillon

Salvador est la porte d'accès à la « Bahia todos santos », la « Baie de tous les saints » dans laquelle se jette la rivière Paraguaçu et où il y a de nombreuses îles, la plus grande étant celle d'Itaparica, autrement dit tout à découvrir ainsi que l'archipel de Tinharé et la baie de Camamu à 70Mn plus au sud.

C'est donc le premier janvier que nous appareillons avec Tahaa Tiva pour l'île d'Itaparica dont le mouillage est distant de 13,5Mn. L'endroit est très agréable avec un banc de sable découvrant à marée basse sur lequel on échouera nos bateaux pour les caréner, on se croirait presque aux Glénan!

Retour de galbord et Tahaa Tiva échoués côte à côte

Le village est aussi très sympathique et on s'y promène le soir en toute tranquillité. Comble du luxe, l'eau qui coule dans les tuyaux de la marina vient directement d'une source d'eau minérale où viennent s'approvisionner tous les habitants, ici il ne se vend pas beaucoup d'eau en bouteilles en tous cas bien moins que sur le continent où l'eau disponible dans les canalisations n'est pas considérée comme potable, d'où un commerce important de distribution d'eau en très grands conditionnements. Sur ce banc de sable nous trouverons même des petits coquillages plus petits que les coques et les palourdes mais délicieux à l'apéro!

Faut dire qu'ici l'apéritif national est la caïpirinha, rappelant un peu le ti-punch antillais, vous prenez un grand verre à whisky, vous y mettez les 2/3 d'un citron vert coupé en petits morceaux, vous ajoutez une cuillèrée de sucre en poudre, de canne bien sûr, là vous prenez un pilon afin de presser le citron et d'en mélanger le jus avec le sucre, vous remplissez le verre aux 2/3 de glaçons et vous versez ensuite la cachaça (cela marche aussi avec le rhum agricole) jusqu'à ce que les glaçons flottent, vous mettez le tout dans un shaker ou vous mettez un verre de la même taille au dessus et vous secouez, il ne reste plus qu'à mettre une ou deux pailles et à siroter...Une autre version, la caïpiroska existe avec de la vodka au lieu de la cachaça. Je vous dis pas on a vite tendance à oublier qu'il y a de l'alcool, après le pontche et le grogue cap verdien et avant le ti-punch antillais, voyez comme la vie de marin au long cours est pleine de (re)? découvertes dangereuses pour sa santé!

Mouillage dans la baie près de la cascade d'Itororo

Pendant une semaine nous allons parcourir le sud de cette baie et l'entrée du Paraguaçu allant de mouillage en mouillage tous à l'abri du vent et de la houle. Retour à Salvador le 7 pour accueillir Jean Pierre et Véronique d' »Alya » d'une part et d'autre part parce que nous partons le 9 avec Martine et Christian pour le Parc National de la Chapada Diamantina à 410Kms que nous faisons en bus très confortables.

Les deux équipages réunis au Poco do Diablo

Ce parc est une région de canyons et de plateaux avec plein de rivières et de cascades, c'est un lieu très prisé pour les amateurs de trekking. Nous avons réservé deux chambres dans une pousada, sorte de gîte chez nous, à Lençois plaque tournante de cette région. Le nom Diamantina venant de l'époque de l'exploitation des diamants contenus dans les sables de toutes les rivières de la région. Nous y resterons quatre jours, visitant des chutes d'eau au pied desquelles on peut se baigner, montant au « Pai Inacio » 1150m surplombant un mini canyon du Colorado, visitant une énorme grotte « Lapa Doce » longue de 2 kms avec des stalagtites et stalagmites aux formes plus étonnantes les unes que les autres, remontant des cours d'eau au milieu de chaos de rochers avec des piscines naturelles très rafraîchissantes. Ce fut très dépaysant et très agréable de retrouver la verdure et l'intérieur des terres.

Pai Inacio

Au retour à Salvador nous accueillerons Jo et Eric de « Khéops 2 » qui avaient du retarder leur départ de Mindelo pour des problèmes de pilote eux aussi. Ce jour là c'est aussi une répétition du Carnaval, la procession à Nossa Senhora do Bonfim qui nous en donne un avant goût, il est assez étonnant de voir dans une procession au départ religieuse, défiler au son des percussions et des orchestres de samba, de somptueuses bahianaises avec leur costume blanc et leur robe à cerceaux et des groupes politiques ou syndicaux se trémoussant avec leur pancarte revendicative portée à bout de bras! Etonnant Brésil.

Bahianaises à la procession en costume traditionnel

Le 15 janvier il est temps de reprendre la mer ou plus précisément la rivière puisque nous remontons le Paraguaçu d'abord jusqu'à Maragogipe petite ville paysanne avec un marché du samedi matin haut en couleurs et impressionnant par la variété des fruits et légumes exotiques proposés. Puis ce sera la remontée à marée haute du Paraguaçu jusqu'à Cachoeira d'un côté et Sao Félix de l'autre reliées par un antique pont d'acier où roulent alternativement le train et les voitures. Cachoeira est une ancienne ville coloniale classée Monument National mais qui a du mal à restaurer ses belles maisons.

Cachoeira

Après un retour à Salvador pour récupérer des pièces ramenées de France par Pierre de « Pétunia » qui nous permettent de réparer l'enroulement de notre génois, nous filons vers le sud avec Tahaa Tiva pour Gamboa à 36Mn, situé sur l'île de Tinharé. Aussitôt débarqués, nous ressentons que ce village nous plaît, il n'y a pas de voitures, les rues sont en sable, les gens sont très gentils et le soir ils sont tous dans la rue. En fait Gamboa est le lieu de résidence des gens qui travaillent à Morro de Sao Paulo la superbe station balnéaire située à l'entrée du rio et tous les touristes sont à Morro, pour y aller on peut prendre la « lancha », embarcation à moteur équivalente à l'aluguer cap-verdien, ou à marée basse aller à pied en longeant la fameuse falaise d'argile dont on peut se recouvrir le corps, cela équivaut paraît-il à un passage dans un institut de beauté et comme c'est gratuit, évidemment on en a tous profité! Il est aussi très agréable de s'asseoir vers 18h sur la plage les pieds dans l'eau à un des nombreux bars sous un parasol et de regarder le coucher de soleil en dégustant un bon « suco » jus de fruit frais issu de la centrifugeuse.

Couverts d'argile à Gamboa

Pedra Furada
Notre première halte sera de courte durée car nous préférons descendre le plus sud d'abord et en remontant, mieux visiter ce coin. Nous partons donc le dimanche 24 pour la baie de Camamu 39Mn plus bas, et nous mouillons à l'entrée de la baie à Campinho, le lendemain nous profitons des capacités de l'annexe de Tahaa Tiva et de son moteur de 15cv pour aller sur l'île de Pedra Furada qui figure dans tous les dépliants touristiques tellement elle est jolie avec son arche de corail, puis nous pique-niquerons sur une plage carte postale au nord d'Ilha Grande suivi d'une bonne sieste à l'ombre des cocotiers. Le lendemain nous remonterons le rio Marau sur 26Mn pour atteindre la cascade de Tremembe très spectaculaire. Mouillage le soir devant le village de Marau, découverte du lieu le lendemain matin et retour vers Campinho. Après le départ de Christian et Martine commençant à remonter vers Salvador puisque partant en avion pour Rio et Iguaçu, le même tour que nous allons faire 15 jours plus tard, nous partons à pied pour visiter Barra Grande station balnéaire à la pointe de la presqu'île.

Cascade de Trémembé

Sur les cartes marines ne figurent pas les routes terrestres et c'est avec optimisme que nous entamons cette marche, elle débute par une longue route presque droite très bien empierrée et au bout de 4 kms à un carrefour nous voyons notre premier panneau indicateur mentionnant la station à 6 kms, pas de quoi nous faire rebrousser chemin mais par contre ce n'est plus qu'une piste de sable digne d'une épreuve du Paris-Dakar rendant la marche bien plus difficile. Trois heures après nous arrivions à Barra Grande et nous déjeunions d'un poisson grillé bien mérité sur la plage quasiment les pieds dans l'eau puisque c'était jour de grande marée. Le retour sera tout aussi épique, je voulais longer la mer mais il y avait un rio à passer et nous étions à marée haute avec des sacs de provision, je comptais sur une lancha mais impossible d'en trouver, finalement à force de chercher on trouva un passeur avec une pirogue taillée dans un tronc d'arbre qui nous fit traverser dans cette embarcation très instable.

Le lendemain, à l'initiative d'un couple de français, Christine et Jean Philippe, naviguant sur un superbe Amel « Galac'sea », tous les bateaux au mouillage se retrouveront à la pousada d'en face à manger des pizzas et parler chacun de nos projets de navigation, pour parfaire le tout, Christine nous avait préparé une délicieuse mousse au chocolat, inutile de dire qu'elle a eu un succès bien mérité auprès des 4 équipages français et des deux autres bateaux espagnols et allemands. Le lendemain, retournant vers Gamboa nous aurons une sortie mouvementée de la baie au passage de la barre qui s'était formée, nous en sortons quelque peu mouillés mais sous ces latitudes cela nous rafraîchit un peu!

Plage de Boipeba
Nous resterons quatre jours à Gamboa, j'en profiterai d'ailleurs pour aller chez le coiffeur si bien qu'à force de fréquenter les commerces du village et de déambuler dans la rue principale les habitants finissaient par nous reconnaître et nous avons le droit à des sourires complices à défaut de pouvoir s'exprimer en portugais. Il y a une autre île au sud : Boipeba avec une côte magnifique mais inaccessible avec nos bateaux ayant trop de tirant d'eau, nous avons donc joué au parfait touriste en nous y rendant avec un gros zodiac semi-rigide filant à 18/20nds propulsé par deux moteurs de 115cv. Son circuit passait par des piscines naturelles dans les récifs où nous avons pu admirer les petits poissons avec masque et tuba, avant de rallier Boipeba pour le déjeuner et revenir par un rio en pleine mangrove, s'arrêtant au passage à une dégustation d'huîtres à un ponton et à Cairu où nous avons pu visiter un ancien couvent en pleine restauration. Si je vous parle masque et tuba, c'est qu'il faut avouer que le long de toute cette côte brésilienne, l'eau n'est pas claire et il faut aller un peu au large dans ces piscines pour voir le fond et les poissons. Il y a énormément de rios et de bras de mer s'enfonçant profondément dans les terres où se font sentir les marées, tous les rivages sont bordés de mangrove qui abrite une vie végétale et animale importante permettant aux crevettes d'y proliférer mais interdisant toute visibilité en plongée; on s'y baigne quand même mais il faudra attendre les Antilles pour profiter du grand bleu.

Couvent de Cairu


Après un nouveau petit séjour à Itaparica nous rejoindrons Salvador pour le carnaval. Bon, il faut que je vous explique le carnaval de Salvador qui voit se rassembler trois millions de personnes dans les rues. D'abord il se déroule pendant une semaine du 11 au 16 février cette année, ensuite le principe : un orchestre
 
Exemple de "Bloco"

se produit au sommet de la caisse d'un gros camion, les parois de cette caisse étant remplies d'enceintes acoustiques énormes. Le groupe de base costumé ou pas avec des musiciens ou pas avance et se trémousse devant le camion qu'on appelle « bloco », puis suit une cohorte de gens ayant acheté le même T-shirt, dansant au rythme de l'orchestre, le tout encadré par une corde tenue par un service d'ordre. Le défilé comporte de 20 à 25 de ces groupes empruntant trois circuits dans la ville, le long de deux d'entre eux il y a ce qu'on appelle les « Camarotes », ce sont des loges payantes offrant différents services suivant les prix, open bars, plateaux repas, espace repos, même des massages! Inutile de vous décrire les décibels, à leur passage on sent sa poitrine vibrer et faire caisse de résonnance, quant aux oreilles n'en parlons pas. Vous comprendrez nous connaissant que ce n'est pas trop notre truc, heureusement existe le troisième carnaval au Pelhourino qui a l'avantage de se produire dans la vieille ville où il y a de nombreuses places et ruelles permettant aux différents groupes de se produire en marge du défilé, mais ce carnaval de Salvador est avant tout un carnaval musical et non un costumé comme celui de Rio.


Carnaval de Maragogipe

A défaut de ce dernier, nous trouverons un carnaval costumé à Magarogipe dans le rio Paraguaçu où nous nous rendrons le dimanche 14, là ce sera une profusion de costumes et d'ambiance bon enfant.

Charmantes brésiliennes

Après un nouveau passage à Itaparica où nous laisserons notre génois à un voilier suisse pour refaire la ganse du nerf de chute et un taud pour les boudins de notre annexe, nous nous envolerons le samedi 20 pour aller visiter les chutes d'Iguaçu à la frontière argentine et Rio de Janeiro, mais ceci est une autre histoire...


En conclusion de cette visite quelque peu sommaire il est vrai de l'état de Bahia représentant quand même l'équivalent de la France en superficie et avant d'aller plus au sud puis plus au nord, nos impressions sont diverses. L'image que nous nous faisions du Brésil était quelque peu différente et on ne pensait pas que hormis dans les favelas, le fossé entre les pauvres et les riches était si important. La population de cet état est noire à 80/90% et malgré tout on a constaté dans le défilé de Nossa Senhora do Bonfim où participait l'équipe municipale de Salvador que cette dernière était en grande majorité composée de blancs. Dans les marinas je ne pense pas avoir vu un bateau avec un propriétaire de couleur, en fait en dehors des grandes agglomérations, et en bateau on a la chance de s'enfoncer à l'intérieur du pays dans les petits villages, la vie des brésiliens modestes se rapproche énormément de celle des cap-verdiens et leur habitat la plupart du temps est plus proche de la cabane que d'une maison. Pourtant apparemment il n'y a pas de revendications exprimées, sans doute que comme dit la chanson, la misère est moins pénible au soleil, peut être aussi que la religion omniprésente tant catholique que des différents autres cultes chrétiens très nombreux, Dieu est omniprésent, aide à faire passer ces inégalités. Sûrement aussi que cette région du Brésil est la plus pauvre, nous vous raconterons ce que nous aurons vu plus bas, mais ce qui domine quand même c'est l'extrême gentillesse de ces gens.

 

vendredi 25 décembre 2009

Cap Vert et traversée vers le Brésil


  
Nous vous avons laissés le 3 novembre dans le port de San Sebastian de la Gomera, c'est à 14H45 que nous quittons lesCanaries, cap au 207 direction l'île de Sal au Cap Vert. Nous commençons cette navigation de 750Mn en compagnie dubateau « Salicorne « de Cédric et Lilia que nous avions connu à Porto Santo.

Cette traversée se fera sans problèmeparticulier par vent de NE dominant force 4 à 6, sauf le 8 où une déferlante s'abattera sur l'arrière du bateauendommageant un peu les fixations du panneau en bois fermant l'accès au radeau de survie.
Le bateau de Cédric étant plus lent que nous, nous nous causerons à la VHF les deux premiers jours puis curieusement l'avant dernier en appelant un gros catamaran Lagoon 500 (produit dans l'usine où travaille Yves) Cédric nous répond alors qu'il est à 80 milles derrière, la portée des ondes en mer est assez fluctuante, mais il est vrai que notre VHF porte particulièrement loin.
Encore une fois devrons ralentir l'allure la dernière nuit afin d'arriver de jour au mouillage. Ce que nous faisons à 9H15 le mardi 10 après 768Mn. L'île de Sal est très plate avec de ci de là des monts volcaniques qui en brisent la monotonie. Elle est aussi extrêmement aride bien qu'à l'arrivée on voit une légère couche de verdure la recouvrir témoin desrécentes pluies parfois diluviennes qu'ont connu ces îles en octobre.Ici fini les marinas avec tout le confort européen, nous sommes au large du Sénégal mais pas en Afrique comme le plaisent à souligner les Cap Verdiens, pour eux ils sont en Atlantique et il est vrai que cet archipel forme avec les Açores, Madère et les Canaries, la Macronésie.
Nous jetons donc l'ancre au port de Palmeira, poumon économique de l'île avec l'aéroport puisque tous les échanges maritimes se font ici. L'environnement n'est donc pas vraiment gai avec des cargos, des containers et des réserves de carburant. Seulement il y a les habitants qui sont vraiment gentils et pas du tout quémandeurs comme au Sénégal, beaucoup sont pêcheurs et le matin le spectacle est sur le quai, c'est vraiment impressionnant de voir la taille des thons qu'ils vident à l'arrivée de leurs petites embarcations. Ils viennent nous proposer leurs autres poissons, en particulier le « garoupa », espèce de mérou rouge vraiment délicieux, mais les thons sont réservés aux restaurateurs de l'île.
On est aussi très frappé et cela se confirmera sur les autres îles visitées du nombre de jeunes, ils vont tous à l'école et y ont une tenue identique. Ils sont aussi, sans doute grâce à leurs professeurs, très sensibilisés aux problèmes de la pollution en mer, surtout vis à vis des tortues marines, en témoignent d'immenses fresques peintes sur les murs de l'enceinte du port par les écoliers.

Les îles du Cap Vert se divisent en deux groupes, les îles sous le vent les plus sud avec Maio, Santiago, Fogo et Brava, et les îles au vent avec Sal, Boavista, Sao Nicolau, Santa Luzia, Sao Vicente et Santo Antao. Un voilier doit faire son entrée soit à Santiago, Sal ou Sao Vicente. Nous avons choisi Sal car ne désirant pas visiter toutes les îles, nous nous limiterons aux îles au vent d'autant plus qu'une épidémie de dengue sévit dans celles sous le vent. Beaucoup d'autres bateaux font comme nous et il n'est pas étonnant de retrouver à Sal des bateaux déjà rencontrés tout au long de la descente de l'atlantique, certains ne faisant escale qu'à Sao Vicente avant de rallier soit les Antilles, soit le Brésil.
A notre arrivée peu de bateaux de connaissance mais dès le lendemain pas moins de six voiliers déjà connus arriveront dont « Salicorne ».Pour continuer dans la rubrique « le monde est petit », ce soir là nous invitons Cédric et Lilia à prendre un verre à bord et au fil de la discussion nous découvrons qu'il est officier de marine marchande et qu'il était au Havre à l'école en compagnie de Sylvain fils de notre amie Marie Dominique et copain de nos deux enfants, comme quoi...
Le port de Palmeira est situé à six kilomètres environ de Espargos la principale ville et pour nous y rendre nous découvrons le moyen le plus convivial et le plus économique des transports en commun : l'aluguer. Il existe deux sortes d'aluguer : le minibus en général des Hiace Toyota qui peut prendre de 12 à 15 personnes et le pick-up possédant des bancs en bois dans la plateforme arrière. Le premier est plus confortable, encore que dans les plus anciens les sièges sont complètement avachis et on ressent durement les secousses, et la musique y est en général à fond. Le deuxième est beaucoup plus rustique mais on est à l'air libre, c'est la clim naturelle et il transporte marchandises et passagers, c'est mieux que le minibus quand c'est du poisson alors qu'il fait 30°!
Espargos est le noeud routier de l'île qui a trois routes principales : celle du sud qui va vers l'aéroport et la station balnéaire « usine à touristes » de Santa Maria, celle de l'est allant aux Salines et celle de l'ouest venant du port où nous sommes : Palmeira. Notre préoccupation principale étant l'avitaillement nous pensions trouver à Espargos des magasins un peu plus achalandés qu'au port mais il n'en est rien. Dans ces îles il est impossible de trouver un morceau de viande fraîche, tout est congelé et limité au poulet, côtes de porc, saucisses et viande de chèvre par endroits, le choix des légumes est aussi très réduit. En fait ils ont un tout autre mode d'alimentation que nous, le poisson étant vraiment la nourriture de base, il faut dire qu'avec la chaleur cela limite le frais. Par contre il existe des produits laitiers inconnus chez nous : nous avions déjà expérimenté en Espagne le beurre en boîte de conserve avec une date de péremption supérieure à un an et ici les yaourts qui peuvent se conserver trois mois et tout cela sans les mettre au frigo.

La deuxième préoccupation vitale est le ravitaillement en eau, dans ces îles au vent seules Sao Nicolau et Santo Antao sont assez hautes pour accrocher les nuages et avoir des précipitations, sur les autres la déssalinisation de l'eau de mer est obligatoire et donc Palmeira comme les autres agglomérations a son point d'eau municipal où une personne est chargée de percevoir une légère redevance en fonction de la quantité prise. Tout se fait par bidons et chacun fait la queue poussant à tour de rôle les bidons des autres, je vous assure qu'à bord on ne laisse pas le robinet couler plus qu'il le faut! Cela crée aussi un climat de sympathie avec les habitants, ils nous disent d'ailleurs qu'ils ne nous considèrent pas comme touristes puisqu'on a notre maison, qu'on leur achète la nourriture et qu'on paie l'eau comme eux. Les Cap Verdiens sont d'une manière générale très gentils et pour peu qu'ils savent quelques mots de français, s'intéressent à vous et discutent volontiers.


D'autres voiliers connus arrivent encore, certains du Sénégal où nous pensions retourner cette fois-ci en bateau mais il aurait fallu trop se presser, nous préférons passer plus de temps ailleurs. Nous faisons aussi la connaissance d'un navigateur solitaire : Joël, il va aux Antilles pour la troisième fois , il y retrouvera son épouse pour les fêtes, il est picard, Annick retrouve un compatriote et il aime marcher. Avec lui et trois autres équipages nous ferons une virée aux Salines.
Le site de ces Salines est un ancien volcan qui communique avec la route par un tunnel creusé dans ses flancs, la surface des bassins à l'intérieur est impressionnante, l'exploitation du sel a été confiée à une certaine époque aux Salins du Midi et le territoire était français. Aujourd'hui subsiste une petite production mais le site vit aussi grâce au tourisme, chacun vient prendre son bain et flotter comme dans la Mer Morte ou s'enduire de boue de soufre, heureusement qu'avec le ticket d'entrée on a le droit à une douche! Toute l'équipe a pataugé joyeusement.

Nous ferons aussi une virée de 14kms pour aller nous baigner à Buracona dans des piscines naturelles creusées par la mer dans la roche volcanique noire qui absorbe et restitue la chaleur. Un soir tous les équipages français se retrouveront pour un grand barbecue de poissons sur la plage et le dimanche soir c'est le grand défoulement au village, tout le monde se retrouve sur la place principale et danse grâce à une sono d'enfer, brochettes et poulet grillé sont proposés par des mamies pour se restaurer, super ambiance.

Voilà, nous avons passé une semaine de bonheur à Sal et il est temps de continuer le voyage vers Sao Nicolau distante de 86Mn. Nous partons en même temps que Joël vers 16H afin d'arriver dans la matinée à Tarrafal, seul vrai mouillage sur cette île. Navigation tranquille de conserve avec « Rapa » pour arriver en fin de matinée.


L'île de Sao Nicolau est tout à fait différente de Sal et le mouillage également, celui-ci est beaucoup moins protégé de la houle et surtout du vent qui déboule des montagnes qui se trouvent en arrière plan, nous resterons d'ailleurs bloqués à bord pendant deux jours subissant des rafales (eh oui Tarrafal mérite bien son nom) jusqu'à 50 noeuds, heureusement que nous avons une bonne ancre car beaucoup de voisins chasseront.
Cette île est donc totalement différente de par son relief et nous qui adorons marcher nous allons en profiter en compagnie de Joël, nous attaquons avec lui l'ascension du Monte Gordo qui culmine à 1312m, tout de suite nous nous apercevons que nous ne sommes pas à sa hauteur, il nous avouera qu'il court des marathons et que bien qu'étant un an plus âgé que nous, il conserve une musculature d'athlète, cependant il s'adapte à notre rythme. Cette île est très verte et l'on trouve même des dragonniers comme à Ténérife, du sommet nous aurons une vue magnifique sur toute l'île, nos bateaux tout petits dans la baie et nous apercevrons aussi Santa Luzia et Sao Vicente.

Un autre jour, toujours avec Joël, nous ferons une superbe marche ralliant la côte nord au départ de Estancia Bras, remontant la vallée de Ribeira Furna par un sentier envahi par endroits depuis les dernières pluies par une végétation très dense, nous passerons un col surplombant un petit village complètement isolé, les enfants lavent le linge dans le lit de la rivière pendant que les femmes vont chercher du bois, les hommes eux quand on passait se prélassaient au soleil un verre de grogue (alcool de canne à sucre semblable au rhum) à la main. Nous discutons même en français avec une dame ayant vécu une dizaine d'année en Belgique. C'est ensuite par une dure montée d'un chemin entièrement pavé comme on en trouve partout, vestige de l'occupation portugaise, que nous franchirons le deuxième col avant de retrouver la vallée de Faja et de héler un aluguer pour revenir au port.

La route centrale a subi d'énormes dégâts au mois d'octobre suite aux précipitations, elle venait d'être refaite non pas en pavés comme les portugais les réalisaient mais en bitume et on aurait dit par endroits qu'une charrue avait labouré la route, soulevant le goudron, à d'autres endroits des coulées de terre l'avaient envahie, obligeant les véhicules à les franchir au pas.
Il est de coutume dans cette île de rémunérer les gamins pour qu'ils gardent votre annexe pendant votre balade à terre. Ce jour là Joël nous avait amené au quai et promis 100 escudos (1 euro) à un jeune, à notre retour il n'était plus là, mais un autre veillait et empochait les sous. Après avoir démarré le moteur celui-ci émettait un bruit bizarre, après 10m il n'y avait plus le bruit mais on n'avançait plus et pour cause quelqu'un avait retiré la goupille de l'hélice et celle-ci était tombée au fond. Grosse colère auprès du jeune qui après négociation plonge pour la récupérer, heureusement qu'elle était blanche car la nuit tombait et ici le sable est noir.
Dans la rubrique désormais classique « le monde est petit », on débarque le premier soir pour faire le tour du port et on tombe en arrêt devant la façade d'une maison où trônait l'enseigne « Crêperie », évidemment nous nous présentons à l'entrée où un couple d'européens sirotent leur apéro, ils nous demandent si nous sommes français, ce à quoi je réponds d'habitude : « non bretons » aussitôt ils nous appellent la patronne qui nous dit être d'à côté de Concarneau, comme nous lui demandons d'où exactement elle nous avoue qu'elle était gérante de la crêperie de la Pommeraie à St Philibert, quand on lui dit être de Trévignon, elle nous appelle son frère qui était un des membres fondateurs du groupe Micamac qui se produit tous les étés au carré des larrons en ville close de Concarneau! Comme crêperie c'est vraiment symbolique car elle n'a qu'une petite bilig Tefal vendue par Krampous, je lui demande alors si ce n'est pas elle qui avait fait une demande à laquelle j'avais répondu sur le site des navigateurs STW, afin que des bateaux de passage lui fassent parvenir
les vrais biligs et bingo c'est une de ses copines qui l'avait fait, j'y avais répondu favorablement mais je n'avais plus eu de nouvelles avant notre départ, elle était évidemment très déçue d'autant plus que quelques temps avant nous Philippe Poupon était passé chez elle avec son nouveau grand bateau et lui avait avoué avoir plein de place à bord.
Après une semaine sur cette île nous partons toujours en compagnie de Joël pour une petite navigation de 46Mn vers Sao Vicente, le vent sera fort au départ nous obligeant à mettre la trinquette, mais il nous permettra aussi de passer rapidement au nord des îlots Raso, Branco et de l'île de Santa Luzia avant de s'engager dans le chenal séparant Sao Vicente de Santo Antao large de 7 milles mais comme la visibilité n'était pas bonne nous ne verrons même pas les hautes montagnes de cette dernière. Mouillage sur ancre entre le quai et la marina dans 3m d'eau.

Le lendemain nous allons faire le tour des autorités pour les papiers d'entrée et nous retrouvons un « bateau copain », Khéops II le Sun Fizz d'Eric et Jo que nous avions connu à la Graciosa, retrouvé à Santa Cruz de Ténerife et à la Goméra. Ils nous présentent un couple Martine et Christian qui ont le même bateau que nous mais en 40 pieds, plus tard nous apprendrons que c'était leur bateau près duquel nous étions à Puerto Calero à Lanzarote avec sa bôme cassée, nous l'avions pris pour un Atlantis 430 mais c'était un 400. De retour par la marina nous retrouvons aussi les « bateaux copains » Harmonie l'Azzuro 42 de Denis et Edith et Alazado l'Ovni 360 d'Yves et Elisabeth connus à Porto Santo et participant au Rallye des Iles du Soleil (RIDS) qui sont passés entre temps au Maroc et au Sénégal, nous les retrouverons au Brésil. Nous retrouvons également Michel et Marie Jo de Gouesnach qui ont leur bateau à Port la Forêt, déjà rencontrés à Ténérife et qui partent deux jours plus tard pour les Antilles.
La première impression de Mindelo la principale ville de Sao Vicente est mitigée, la baie est magnifique, le mouillage tranquille mais c'est un port très important avec beaucoup de passage, les paquebots y font escale et tout ceci n'incite pas beaucoup de jeunes à travailler, on retrouve donc un peu de la mendicité existant au Sénégal chose qu'on n'avait pas vu sur les deux îles précédentes, les contacts avec la population sont aussi plus difficiles.


Fidèles à nos habitudes de marche, avec Joël nous entrainerons Martine et Christian à l'assaut du sommet de l'île, le Monte Verde qui ne fait que 750m, la montée est assez facile par un chemin pavé comme d'habitude, la vue du sommet est très belle avec en face de nous toutes les crête de Santo Antao où nous devons passer 5 jours. Pour ce faire nous amarrons le bateau en sécurité à la marina à côté de son grand frère « Tahaa-Tiva »  l'Atlantis 400.


Il n'y a pas de port de plaisance ni de vrai abri sur Santo Antao ce qui nous oblige à traverser avec le ferry. Ayant réservé une chambre au NW à Ponta do Sol, nous négocions pendant la traversée un aluguer qui nous fera passer par la route centrale passant par les crêtes avec des paysages à couper le souffle sur les différentes vallées. Elle grimpe jusqu'au cratère Cova de Paul puis passe par Espongeiro, Corda et redescend dans la vallée de Ribeira Grande. Notre hôtel est situé face au port et c'est un spectacle époustouflant de voir les barques de pêche rentrer et sortir calculant en fonction de la houle et des trains de vagues.


L'après midi nous irons au petit village de Fontainhas perdu au fond d'une profonde vallée et accessible par un chemin à flanc de falaise.



Le lendemain un aluguer nous ramènera à l'entrée du cratère de Cova de Paul d'où nous entamerons la descente de la vallée du même nom. Les habitants de cette île sont très travailleurs, en majorité paysans ils cultivent et entretiennent les terrasses ancestrales irriguées comme à Madère par de petites levadas. Dans le cratère de ce volcan ils ont la chance d'avoir une grande surface plane mais partout ailleurs ils doivent travailler dur pour entretenir les terrasses sur lesquelles poussent maïs, canne, haricots, carottes, oignons, pommes de terre etc... au bord des cours d'eau ce sont les ignames. Pour la descente nous préférons prendre les petits chemins longeant le cours d'eau et passer ainsi parmi les habitations très pauvres, mais les gens sont très gentils et toujours prêts à nous renseigner sur le bon chemin à suivre. Ils apprécient aussi beaucoup le fait que l'on soit français, aussi quand je les gratifie d'un « Bom Dia », Annick leur dit aussi « Bonjour » auquel ils répondent par bonjour avec un grand sourire!


La descente finit par la route pavée habituelle et la traversée de Eito et Vila das Pombas avant de retrouver l'océan et un aluguer pour nous  ramener chez Fatima où ce soir nous avons commandé une succulente langouste que nous dégusterons avec appétit.

Le lendemain nous changeons complètement d'endroit, après être repassés par Porto Novo, plaque tournante de l'île, nous avons réservé une chambre à l'ouest à « Curral das Vacas », l'après midi nous entamons la montée du « Dordeiro del Norte », raide chemin pavé à flanc de falaise qui nous mènera à un col où se trouvent des carrières de pouzzolane blanche et d'où on voit le chemin menant au sommet de l'île, le « Tope de Coroa » culminant à 1979m, mais son ascension ne sera pas pour cette fois. Le soir un groupe de responsables de Terre d'Aventures séjournent aussi dans l'hôtel et nous en profitons pour nous renseigner auprès de Théo guide à Mindelo, il nous conseille de nous rendre le lendemain dans la vallée d'Alto Mira.

Notre aluguer nous amènera à Alto Miro III et reviendra nous chercher l'après midi à Ribeira da Cruz. La vallée est grandiose et somptueuse, c'est un immense canyon dont tous les flancs sont travaillés en terrasses mais d'une manière bien plus efficace que dans la vallée de Paul, la descente sera longue mais agréable avec toujours de sympathiques rencontres avec les habitants, la fin se termine par une descente vertigineuse sur une plage de galets que descendront bien plus vite que nous les ânes des paysans dont c'est l'unique moyen de transport. Si l'on descend, il faut remonter et évidemment si elle est vertigineuse d'un côté, elle est très dure de l'autre, mais c'est à ce prix que nous arriverons à Ribeira da Cruz pour récupérer notre aluguer.

Le 4 décembre, dernier jour sur l'île, nous regagnons Porto Novo pour reprendre un aluguer nous amenant par la route côtière de l'Est à Pontinha de Janela, là le ferry repartant à 17h nous ferons un plus petit tour dans la vallée et au village en bord de mer. Retour à Mindelo fatigués et heureux de cette escapade.
Le dimanche à Mindelo il ne faut pas rater le déjeuner chez « Loutcha » à Calhau en bord de mer. Il faut d'abord se rendre à son hôtel au centre de Mindelo, là un aluguer prend toutes les personnes présentes et les amène à son restaurant de Calhau, pour 15 Euros on a le droit à un buffet gargantuesque tout cela animé par un orchestre de 6 musiciens avec une belle terrasse et des fauteuils suspendus pour faire sa sieste. Le bonheur...
Le soir nous retrouverons notre ami suisse Jean Pierre et sa compagne Véronique arrivant de Sao Nicolau avec Alya leur Nicholson 31, ils nous rejoindront au Brésil.
Lundi Martine et Christian quittent les pontons pour la grande traversée, ce sera notre tour le lendemain et nous lesretouverons à Salvador, mais ceci est une autre histoire.



LA TRAVERSEE

A Mindelo quand j’affichais le Way Point de Salvador de Bahia, cela me donnait 1955Mn en ligne directe soit plus de 3500Kms, autrement dit les traversées réalisées jusque là n’étaient que du pipi de chat, en se basant sur une moyenne de 5Nds de vitesse soit 120Mn par jour cela nous donnait environ 17 jours de traversée…si tout se passait bien.

Les derniers jours après notre escapade à Santo Antao ont été consacrés à la préparation du bateau et de l’approvisionnement. Bien que sur ce dernier point cela ne consistait qu’à acheter des produits frais, fruits et légumes, le plein des autres denrées ayant été fait aux Canaries.

Nous sommes donc partis le 8 décembre à 11H15TU. Jusqu’au 13/12 le vent sera d’E/NE entre 15 et 22Nds et nous garderons le cap 196° jusqu’à 5° de latitude N. cela nous permettant d’aligner des journées à plus de 130Mn, le record étant le 11/12 avec 144Mn.

La vie à bord s'est très vite organisée, nous avons gardé l'heure du Cap Vert jusqu'au Brésil et nous avons constaté avec grand plaisir que les jours rallongeaient, au début la nuit arrivait à 18H et à la fin vers 21H, le lever du soleil n'étant pas partagé à cause des quarts. Ceux-ci se sont vite imposés, Annick étant du soir et moi du matin, j'allais me coucher vers 21H jusqu'à 2H et Annick de 2H à 8H, mais n'allez pas croire que nous veillions continuellement. Nous avons à bord un merveilleux appareil qui s'appelle l'AIS, tous les navires de plus de 300 tonneaux sont obligatoirement équipés d'un émetteur récepteur de ce type. Nous, nous n'avons que le récepteur et celui-ci nous avertit par un signal sonore dès qu'un tel navire est en route de collision avec nous dans un rayon de 6Mn. Pour ce qui est des plus petits bateaux, forcément des pêcheurs, il est impossible d'en trouver au large avec des fonds abyssaux. Quand on est de quart, nous mettons en route un minuteur de cuisine réglé sur 60 minutes ce qui nous permet après un tour d'horizon de s'endormir tranquillisé pour une heure, il es évident que ce système n'est pas applicable près des côtes. 

Pour ce qui est des repas, on s’est obligé à conserver des heures fixes 8H, 13H et 20H et on a établi un menu bien défini pour chaque repas en fonction de ce qu’on avait à bord, ainsi celui qui était disposé à le préparer le faisait et cela a duré jusqu’à Salvador sans manquement. Pour en avoir discuté avec d’autres couples à l’arrivée, je pense que pour qu’une grande traversée se passe bien il faut impérativement que tout soit clair et bien planifié, à partir de là le temps passe très vite et les petits problèmes ne prennent pas une importance exagérée.

Une autre des fonctions vitales est la météo et la route à suivre qui en dépend. Nous avons à bord deux possibilités de la recevoir, la BLU et le téléphone par satellite Iridium. Jusque là nous avions reçu cette météo par la BLU, il suffit d’envoyer un e-mail à un robot américain donnant les coordonnées géographiques de la zone concernée et on reçoit en retour un fichier météo qu’un logiciel déjà installé convertit en données très explicites; le principe est le même avec l’Iridium. Malheureusement j’ai constaté à quelques heures du départ que je n’arrivais plus à communiquer par mail avec la BLU et je n’étais pas sûr de pouvoir interpréter ces fichiers via l’Iridium car je n’arrivais pas à les ouvrir, il faut dire que les subtilités de la logique informatique m’ont toujours paru hermétiques. Un peu de panique donc avant le grand saut, heureusement qu’il y a les copains.

Et quel copain!, un mail à Jean Yves de Quimper pour lui demander s’il acceptait de me « router » pour cette traversée et la réponse fusait quelques heures plus tard, OK sans problème, faut dire que Jean Yves avec qui nous étions allés de conserve en Galice deux ans auparavant est aussi passionné que nous par le grand voyage en voilier, le seul hic c’est qu’il est encore professionnellement « actif ». Le point délicat du parcours étant la position de la Zone Intertropicale de Convergence (ZIC) ou Pot au noir, celle-ci évoluant constamment il importe de la passer là où elle est la plus étroite, puis après celle-ci de retrouver au plus vite les alizés de l’hémisphère sud sans qu’ils soient contraires. J’envoyais donc chaque jour à 12HTU un mail via l’Iridium et le soir ou le lendemain matin Jean Yves qui avait toutes les infos à sa disposition m’indiquait si je devais continuer vers le Way Point défini ou si je devais modifier ma route, du vrai travail de pro! C’est ainsi que la traversée s’est déroulée sereinement et que nous n’avons du faire que 19H de moteur pour passer cette ZIC.


Ciel équatorial chargé
Sereinement à part quelques petits soucis inévitables sur une telle distance. Le premier s’est produit le 12 décembre, nous étions tous les deux en train de finir notre déjeuner, le bateau filant bien à 6/7Nds quand je constate des plis dans le génois, un coup d’œil en tête de mât et je vois que la voile n’est plus tenue par la drisse, soit le bout s’est usé et cassé soit la manille a explosé, nous affalons aussitôt la voile et c’est la manille qui est en cause. Pas d’autre solution que de monter en tête de mât, heureusement que lors de la préparation du bateau au Chantier du Minaouët j’avais posé des marches rétractables le long du mât. Une fois la grand voile affalée et moi assuré j’ai commencé à l’escalader, au début c’est facile mais plus on monte plus le tangage se fait sentir du fait de la houle et quelques jours après j’ai constaté que mes bras étaient couverts de bleus, dans ces cas là on ne se pose pas de questions, il faut agir vite et une heure et demie plus tard, la manille changée et les voiles hissées on repartait.

Pas bien loin puisqu’à 16H je constate que la fixation du hale-bas en pied de mât a du jeu. En fait au départ de France j’avais du faire escale aux Sables d’Olonne pour changer les vis de fixation bien spécifiques de cette pièce et je m’aperçois que des vis se sont désserrées malgré les écrous nylstop, je rajoute donc des contre-écrous et c’est reparti. Le 15, un petit moment de découragement en voyant le vent refuser et le cap nous menant droit vers l’Amazone, mais bon 24H après cela allait mieux.

Nous n’avons pas eu de gros orages lors du passage de la ZIC, quelques éclairs dans le lointain et de gros nuages qui nous ont donné de la pluie tropicale, aussitôt sorti le Tahiti douche mais ce n’est pas évident de bien se rincer, cela ne vaut pas une pomme de douche!

Ca y est, nous sommes dans l'hémisphère sud!


Le 17 décembre à 13H nous franchissons l’équateur, nous ne faillirons pas à la tradition et nous déboucherons une bouteille de champagne pour en donner une bonne rasade à Neptune…et une autre pour chacun de nous bien sûr, je pense qu’il a apprécié car les conditions de mer sont toujours restées bonnes jusqu’au Brésil.


Et une rasade de champagne pour Neptune
Nous avons été très étonnés du manque de vie animale dans cette partie de l’Atlantique, pas de dauphins ni autres mammifères, par contre à l’arrivée nous apprendrons que trois bateaux avaient heurté des cétacés près des rochers St Paul que nous avons laissé à 35Mn à babord. Normal pour les oiseaux vu la distance de la terre, malgré tout un paille en queue deux jours après le départ et une sorte de pétrel s’est posé un quart d’heure sur notre ancre au niveau de l’équateur. Par contre que de poissons volants et quelle odeur ils laissent en s’envolant par bancs entiers.

Une petite pause
Pour ce qui est d’autres bateaux, nous avons navigué à vue pendant trois jours avec un autre voilier, 24H après avoir quitté le Cap Vert, qui n’a jamais répondu à nos appels VHF tant en français qu’en anglais, doublé au moteur la nuit du pot au noir un voilier qui n’était signalé que par son feu de mouillage et nous avons croisé quelques cargos en se rapprochant des côtes brésiliennes. Le 23 décembre par contre notre AIS nous signale à 12H30 qu’un bateau vient vers nous, nous voyons une masse blanche à l’horizon et bien que nous suivons notre cap, il semble toujours progresser vers nous, nous distinguons bientôt de nombreuses antennes et radars et en voyant bientôt un liséré bleu et jaune le long de la coque le doute n’est plus permis, c’est bien un bateau d’Ifremer!


L'Atlante d'Ifremer
Dès que le nom est lisible, c’est l’Atlante que nous voyons de temps en temps en cale sèche à Concarneau, je prends donc le combiné VHF et j’entame une conversation inattendue à 250Mn de l’arrivée. L’officier de quart me dit avoir repéré de loin notre bateau, qu’en se rapprochant en connaisseur certainement il s’est douté que c’était un bateau de voyage français, nous lui avons dit que nous étions de la région de Concarneau, il nous a répondu qu’une partie de l’équipage en était aussi, nous avons demandé si par hasard il connaissait notre voisin de Trévignon Eric Sarollo, affirmatif et il nous a appris qu’ils venaient d’Argentine et qu’ils allaient à Pointe à Pitre, nous lui avons raconté notre programme et chacun s’en est allé dans sa direction. Encore une fois que le monde est petit.

Le 24 décembre au soir, à 100Mn de l’arrivée vers 21H nous fêtions notre premier réveillon de Noël en mer, au menu foie gras et champagne, le confit de canard attendant le lendemain midi, finalement nous étions très contents de le fêter à deux juste avant de retrouver la terre ferme.


Arrivée devant Salvador de Bahia
Le lendemain vers 17HTU nous longions la côte Est de Salvador hérissée d’immeubles gigantesques, non ce n’est pas encore New York mais ça dépayse! Aux pontons de la marina nous sommes accueillis par Martine et Christian de l’Atlantis 400 Tahaa Tiva partis un jour avant nous et arrivés depuis trois jours.



2050Mn parcourus en 17 jours, nous sommes heureux de cette première grande traversée, merci Jean Yves et maintenant à la découverte du Nouveau Monde!